JORGA, p
de France et d'Angleterre sur la Syrie et l'Egypte '. Il est impossible de ne pas voir une relation entre cette propagande active et la croisade que le duc Louis II de Bourbou entreprit en Tunisie en 1390 à l'instigation des Génois. Charles VI, il est vrai, modéra Tardeur des chevaliers qui voulaient partir en grand nombre : cependant une armée de 1.400 chevaliers venus de France, d'Angleterre et d'Espagne fut portée par des galères génoises devant la place d'Africa (el-Mahadia). Après un long blocus, pendant lequel les chevaliers purent se livrer à leur prouesses favorites, l'armée se trouva sans approvisionnement et les Génois satisfaits de cette démonstration conclurent avec les Sarrasins un traité par lequel ceux-ci s'engageaient à leur payer tribut. La croisade faisait toujours preuve de la même impuissance ^.
Pourtant le « vieil pèlerin » espérait beaucoup de Charles VI qui parlait sans cesse de croisade dans son conseil. En 1392, des conférences s'ouvraient pour établir la paix entre la France et l'Angleterre, mais' quelques jours après éclata la folie du roi. Cependant la paix fut signée en 1395 et Richard II épousa Isabelle de France. Le succès était grand pour les partisans de la croisade, mais après avoir apaisé les guerres entre les états il fallait faire cesser le grand schisme de la papauté qui désolait la chrétienté depuis 1378. La croisade de Hongrie qui partit en 1396 ne répondait guère à l'idéal que Philippe de Mézières se faisait de la guerre sainte : elle était, d'après lui, dirigée par « vaine gloire ». Avec un courage vraiment infatigable il composa une nouvelle rédaction de son projet d'ordre chevaleresque. Bien qu'il n'attendît pas grand'chose des chevaliers frivoles qui se dirigeaient vers