Delaville-Leroulx, p
armée de croisade, mais elle en présentait aussi tous les inconvénients : aucune entente entre les alliés, aucune discipline parmi les chevaliers, qui s'étaient fait suivre de leurs somptueux équipages de chasse et voyaient déjà les Turcs chassés d'Europe. Contre les Turcs le roi de Hongrie aurait préféré une guerre défensive, mais cet avis rencontra une opposition générale et l'on décida la marche en avant ^
De Bude les croisés descendirent la vallée du Danube et passèrent le fleuve au delà des portes de Fer; les chevaliers se lancèrent sur la Serbie en saccageant et en pillant tout sur leur passage, puis on assiégea Nicopolis, située sur la rive droite du Danube. Bajazet, instruit par des espions de l'arrivée des chrétiens, avait concentré son armée à Philippopoli ; à la nouvelle de son approche les chevaliers, pris de folie, firent massacrer les prisonniers turcs. Le désastre de Nicopolis, le 25 septembre 1396, fut la conséquence inévitable de l'aberration qui s'était emparée d'eux. Sigismond ayant voulu mettre à l'avant- garde l'armée du voiévode de Transylvanie dont les sentiments étaient douteux, le comte d'Eu déclara qu'un connétable de France ne pouvait combattre qu'au premier rang et la noblesse française accusa le roi de Hongrie de vouloir lui enlever l'honneur de la journée.
L'amiral Jean de Vienne ^ ayant déployé la bannière de la Vierge, les chevaliers chargèrent avec furie les troupes irrégulières que Bajazet avait mises en première ligne et qui, après avoir fui, démasquèrent tout à coup une seconde ligne composée de 13.000 janissaires flanqués de spahis et couverte confre les charges par une véritable enceinte de pieux. Après avoir hésité un instant, les chevaliers français s'élancèrent :