SiLVESTRE DE Sacy, art, cité
nérés : c'était du côté de la Chine qu'il regardait et peut-être songeait-il, bien qu'il eût plus de soixante ans, à en préparer la conquête. Il abandonna donc le pays de « Roum » et retourna à Samarcande, mais il mourut le 19 février 1405, avant d'avoir pu donner suite à ses desseins.
L'invasion de Tamerlan n'en avait pas moins sauvé Constantinople et devait prolonger son existence encore un demi-siècle. Tandis que Soliman, fils aîné de Bajazet, recevait en fief de Tamerlan les provinces d'Europe, ses trois frères se disputaient les territoires d'Asie Mineure. Par contre Manuel Paléologue, qui avait appris en Occident la nouvelle de la bataille d'Ancyre, rentrait à Constantinople, déposait son neveu Jean VII que Bajazet lui avait imposé comme collègue, détruisait la mosquée qu'il avait dû laisser construire et chassait le cadi chargé de rendre la justice aux musulmans de Constantinople ^ Pendant quelques années il allait pouvoir jouer entre les princes ottomans divisés le rôle de protecteur et d'arbitre que les sultans s'étaient si souvent arrogé dans l'empire byzantin. D'autre part le maréchal Boucicaut chargé par Gênes, dont il était gouverneur au nom de Charles VI, de défendre Famagouste contre l'attaque du roi de Chypre Janus, profitait de l'abattement où l'invasion de Tamerlan avait plongé les puissances du Levant pour attaquer l'Egypte. En 1403, pendant les négociations qui se poursuivaient entre Gênes et le roi Janus par rintermédiaire du grand maître de Rhodes, il attaqua le château de l'Escandelour sur la côte de Cilicie et s'en empara. Puis, après la signature de la paix entre Gênes et le roi de Chypre (juillet 1403), il se dirigea vers Alexandrie, ne put y aborder et alla prendre d'assaut le
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port de Tripoli qu'il ne put garder, puis la ville de Beyrouth qui fut prise et saccagée. Après un débarquement à Sagctte (Sidon) et une démonstra:4ion devant Laodicée, il revint à Famagouste^ Ses navires avaient été sans cesse suivis par des barques vénitiennes qui avertissaient les musulmans de ses mouvements ; bien plus, le butin trouvé à Beyrouth se composait surtout de marchandises vénitiennes. Une guerre éclata entre Gênes et Venise le 7 octobre 1403; les navires que Boucicaut ramenait à Gênes furent attaqués à la hauteur de Modon par une flotte vénitienne. Après un combat acharné, Boucicaut put continuer sa route, mais les querelles entre les deux cités rivales avaient rendu stérile cet effort suprême ^. D'ailleurs les luttes terribles qui allaient commencer en France à cette époque empêchèrent la chrétienté de tirer parti des circonstances favorables qui étaient le résultat de l'invasion de Tamerlan.
§ 3. — L'union des églises et la croisade.
Les querelles entre les princes ottomans cessèrent en eï^.ei en 1413 après la victoire que Mahomet P"" remporta sur ses frères avec l'appui de l'empereur Manuel. 11 resta d'ailleurs jusqu'à sa mort en 1421 un client de Constantinople et ce fut son fils, Mourad II, qui restaura réellement la puissance ottomane. Manuel ayant soutenu un de ses oncles, révolté contre lui, Mourad se vengea en assiégeant Constantinople (juin-septembre 1422). L'émotion fut grande dans le monde musulman et le grand cheikh Bokkari, descendant du prophète et oncle du sultan, annonça que la ville tomberait le