‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 240 sur 268 · DucAS, 28. Laonicus, 1. Y · texte numérisé non relu

DucAS, 28. Laonicus, 1. Y

grand schisme, la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons, l'invasion de la France par les Anglais, le concile de Constance et l'hérésie de Jean Huss absorbaient toutes les préoccupations des Occidentaux. Seul un prince paraît avoir eu à cette époque quelque souci de l'Orient : le duc de Bourgogne Philippe le Bon, fils du vaincu de Nicopolis, ne cessa jamais de rêver pour lui le rôle de chef de la chrétienté et crut bon de préparer de longue date son intervention possible dans les affaires orientales. Il combla les établissements chrétiens de Palestine de ses libéralités, fit construire à Ramleh un hospice pour les pèlerins, acheta à Venise et fit transporter à Bethléem le bois nécessaire à la réparation de l'église, offrit au couvent du Mont de Sion une tapisserie de fils d'or destinée à orner la chapelle du Cénacle. En 1421, Gilbert de Lannoy était chargé au nom d'Henri VI, du duc de Bedford régent de France et du duc de Bourgogne de reconnaître le littoral de la Syrie et de Palestine et de s'assurer de l'état de Gallipoli; il revint en 1423 et alla à Londres remettre son rapport à Henri VI. En 1432, un des principaux confidents de Philippe le Bon, Bertrandon de la Brocquière, se rendit en Palestine et revint par la Syrie et l'Asie Mineure en se joignant à une caravane de la Mecque; après avoir séjourné à Brousse au milieu des Turcs, il traversa Constantinople, vit le sultan Mourad à Andrinople et retourna en Occident par la Serbie et la Hongrie. Dans sa relation composée seulement en 1457 il donna de précieux renseignements sur les qualités militaires des Turcs ^ C'est à' ces quelques démarches que se réduit l'action des puissances d'Occident à cette époque.

11 en est autrement des villes italiennes qui s'effor-

i. ScHEFER, Rev. Or. lat., III, p. 303 et suiv.

çaient de sauvegarder à travers les hasards des conquêtes, les intérêts de leur domination commerciale, mais suivant leurs traditions, elles firent bon marché des intérêts de la chrétienté et quand elles commencé- . rent à s'émouvoir des progrès des Turcs il était trop tard. Au lendemain de la bataille d'Ancyre, Venise ne profite de l'affaiblissement des Turcs que pour obtenir de Soliman un traité de commerce avantageux : en 1403, Pietro Zeno seigneur d'Andros négocie avec les Turcs au nom d'une ligue, formée de Jean Paléologue régent, de Venise, de Gênes et des chevaliers de Rhodes. Le sultan s'engageait à ouvrir aux navires de la ligue toutes les échelles turques, à restituer Thessalonique à l'empire, à mettre Venise en possession des côtes situées en face de l'Eubée, à renoncer aux tributs que ' Bajazet avait imposés aux Génois de Péra et de Constantinople ^ Cet acte montre la dépendance dans laquelle les Turcs tenaient les puissances chrétiennes de l'Orient; elles profitent de leur défaite pour améliorer leur sort, mais ne songent pas encore à les com- ' battre. Les Hospitaliers eux-mêmes traitent ouvertement avec les Turcs : quand Mahomet I assiège en 1415 l'émir de Smyrne Djouneid, il a pour alliés le grand maître de Rhodes, le prince génois de Lesbos et le podestat génois de Chio qui s'assure sa protection moyennant un tribut de 4.000 écus d'or ^. Rien n'égale d'ailleurs la servilité des Génois vis-à-vis des Turcs. Le gouvernement de Gênes aurait préféré maintenir en Orient la domination byzantine, mais il se laissait entraîner par ses colonies à l'alliance avec les sultans et aux hostilités contre Constantinople. Or la commune des Génois de Péra et de Galata était entièrement gagnée aux Turcs : en 1421, elle mendiait auprès de

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