Vita Udalrici, M. GG. SS., XII
Jérusalem *. La conversion des Hongrois au christianisme sous saint Etienne (997-1038) eut d'ailleurs pour résultat de rendre plus faciles les pèlerinages par la voie de la vallée du Danube. La future route continentale de la croisade était donc déjà ouverte et on y rencontrait déjà des hospices fondés par de grands personnages pour donner asile aux pèlerins. Orderic Vital cite uu établissement de ce genre situé « aux frontières des Bavarois et des Hongrois », d'après Pertz à Molk (Autriche), à la tête duquel se trouvait un chevalier normand entré dans les ordres, Ansgot, parent de Roger de Toeni^. Les pèlerinages à Jérusalem avaient donc reçu un commencement d'organisation.
Mais à côté de ces voyages entrepris individuellement on trouve surtout à cette époque de véritables expéditions qui traversent toute l'Europe et l'Orient non sans être parfois en butte à l'hostilité des indigènes. Un des premiers pèlerinages de ce genre fut celui de Richard abbé de Saint- Vanne; il eut lieu en 1026- 1027 aux frais de Richard II, duc de Normandie^, qui montrait un si grand zèle pour tout ce qui concernait la Terre Sainte. L'abbé de Saint- Vanne était à la tête de sept cents pèlerins parmi lesquels se trouvaient plusieurs chevaliers normands. La même année Guillaume, comte d'Angoulême, suivi de plusieurs abbés de l'ouest de la France et « d'une grande troupe de nobles^ », se dirigeait vers Jérusalem à travers la Bavière et la Hongrie ; les pèlerins reçurent l'hospitalité du roi saint Etienne et accomplirent heureusement leur voyage (1026-1027). L'année suivante leur exem-
i. Ann, Lamberti, M.B. SS., V, 159.
2. Orderic Vital (éd. Soc. H. de Fr., t. H, p. 6i), id., p. 53 : en lOlG pèlerinage de Drogon avec 100 de ses compagnons.
3. Vie de Richard. Mabillon, Acta 0. S. B., M saec, p. I, p. 528 et suiv., 549 etsuiv.
4. € Cum magna caterva nobilium », Adiiésiar de Chabannais, III, 65 (éd. Chavano^, p. 189}.
pie suscita un nouveau départ des seigneurs de l'Ouest : les évêques de Poitiers et de Limoges, et de nouveau Foulque N<^rra, comte d'Anjou, partirent pour la Terre Sainte ^ En Tannée 1033, d'après Raoul Glaber, il y eut au Saint-Sépulcre une afïluence de pèlerins telle qu'on n'en avait pas encore vu de semblable : toutes les classes et tous les rangs y étaient représentés depuis le bas peuple jusqu'aux princes et aux nobles. « Ce qui n'avait jamais eu lieu, les uns nobles, les autres pauvres entreprirent le voyage ; beaucoup avaient le désir de mourir avant de regagner leur pays 2. » Quelques années plus tard, en 1035, le fameux Robert le Diable, duc de Normandie, après avoir rassemblé l'or et l'argent nécessaires à ses offrandes, prit la route de Palestine « avec une multitude de ses sujets ». Il mourut à son retour àNicée où il fut enseveli ^.
Mais de toutes ces expéditions la plus célèbre et la plus importante fut celle des évêques et des chevaliers de l'Allemagne du sud qui eut lieu en 1065 sous le commandement de Gûnther évêque de Bamberg et qui comprenait plus de douze mille hommes'*. Sur le passage de cette armée des logements avaient été préparés à l'avance ^. Le départ eut lieu à l'automne de 1064 ; parmi les chefs on remarquait Siegfried archevêque de Mayence, Otton évêque de Ratisbonne, Guillaume évêque d'Utrecht, « les colonnes et les chefs des Gaules^ ». Un pareil cortège ne pouvait traverser l'Europe sans difficultés : les prélats « en faisant une « montre inconsidérée de leurs richesses dans les pays « qu'ils traversaient, furent exposés aux plus grands
i. ÀDHKMAR DE CHABANNAIS, III, 68 (éd. ChAVANON, p. 194).