LES INVASIONS DES TURCS
'Asie Mineure livrée sans défense à l'invasion (1071). îUe devint le sultanat de Roum dont la capitale fut îtablie à Iconium, pendant qu'un des fils d'Alp-ArsIan 'emparait de Jérusalem (1078). Les Turcs furent )ientôt les maîtres de l'Orient tout entier : leurs émirs l'établirent à Nicée et à Cyzique en 1081. En 1085, la 3^rande ville d'Antioche redevenue chrétienne depuis ^es temps de Nicéphore Phocas, était prise. En 1092, Is pénétraient à Smyrne, Clazomène, Chio, Lesbos, Samos, Rhodes. Une à une les métropoles asiatiques, llustrées par les souvenirs dès l'âge apostolique ou les grands docteurs de l'Eglise, tombaient aux mains les musulmans.
Les Occidentaux ne pouvaient rester indifférents à 3ette catastrophe qui menaçait d'emporter l'empire byzantin et marquait une nouvelle offensive de TisJam contre la chrétienté. Non seulement la sécurité des 'pèlerinages en Terre Sainte était compromise, mais l'existence même du Saint-Sépulcre et des établissements latins de Jérusalem pouvait paraître remise en question. Enfin la destruction des églises d'Asie Mineure était pour tous les chrétiens un sujet de crainte et d'humiliation. Il semble donc que dès les premiers désastres l'idée d'une expédition au secours de Constantinople et de Jérusalem soit née en Occident.
Cette idée fut d'ailleurs provoquée par les empereurs byzantins eux-mêmes. En 1073, Michel VII écrivit dans ce sens au pape Grégoire VII \ en lui promettant la réunion de l'église grecque au Saint-Siège. Le pape accueillit d'abord favorablement cette invitation. Dans une lettre datée du 2 février 1074, il exhorte Guillaume comte de Bourgogne à aller défendre Gonstantinople
i. La lettre est connue d'après la réponse de Grégoire VII (9 juillet 1073), Ep. 1,18, P. L., CXLVIII, 300.
menacée par les infidèles ^ Le 1" mars dans une ency clique adressée à tous les fidèles, il leur annonce 1 danger que court « Tempire chrétien » et leur demanda de lui faire connaître par des ambassades les résolution qu'ils auront prises^. Le pape reçut immédiatement de propositions de secours, car dans sa lettre à Guil laume VI, comte de Poitiers, il le remercie de ses offres : le bruit d'une victoire sur les Turcs a fait ajournei l'expédition 3. Au contraire dans la lettre adressée i Henri, roi des Romains (7 décembre), respire un nouve enthousiasme pour la guerre sainte : il annonce qu'Italiens et ultramontains ont répondu à ses demandes e^ qu'il est prêt à marcher en personne à la tête d'une armée de 50.000 hommes pour délivrer l'Orient et le Saint-Sépulcre en faisant rentrer dans l'unité chrétienne les églises dissidentes; avant son départ il confie à Henri IV la défense de l'Église romaine^
Ainsi le pape Grégoire VH, dont les conceptions politiques ou religieuses sont si remarquables par leur netteté, a vu clairement l'intérêt qu'avait l'Occident à s'opposer aux progrès de l'islam et à la ruine éventuelle de l'empire byzantin. Sans doute l'expédition qu'il méditait n'avait pas tous les caractères d'une croisade. Il est moins question dans ses lettres de la conquête du Saint-Sépulcre que de la défense de Constantinople et de la réunion des églises dissidentes; aucune indulgence spéciale n'est promise aux fidèles qui prendront les armes. Malgré ces différences, les lettres de Grégoire VII n'en exposent pas moins le premier plan de
1. p. L., CXLViii, 323. Sur ces lettres et leur authenticité, voy. Riant, Arch.de l'Orif^nt latin, I, p. 66.