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LES INVASIONS DES TURCS

guerre sainte qui ait été conçu en Occident. Au milieu de la diversité et de la division qui caractérisent le monde féodal du xi® siècle, le pape a gardé seul la conscience de l'unité chrétienne et des intérêts communs à tous les fidèles. En face des dangers que présentent les agressions musulmanes, non seulement en Orient, mais en Sicile et en Espagne, il veut constituer une force 'capable de sauver la chrétienté et il voit dans la réunion des églises dissidentes la condition nécessaire à une entente générale de toutes les puissances chrétiennes. Les circonstances empêchèrent le pape de réaliser cette grande idée : Grégoire VII fut bientôt engagé dans la querelle des investitures (1076) et dans l'alliance des Normands d'Italie, ennemis de l'empire byzantin. Nicéphore Botaniatès (1078-1081) et Alexis Comnène se montrèrent hostiles à la réunion des deux églises. Cependant l'idée d'une intervention des Occidentaux n'était pas perdue et un fait passé longtemps inaperçu semble témoigner qu'elle entrait toujours dans les plans du gouvernement de Constantinople. En 1083 Euthymius, patriarche de Jérusalem, qui se trouvait alors dans l'empire byzantin, fut chargé par Alexis Comnène d'aller négocier la paix à Thessalonique avec Bohémond, prince de Tarente, qui avait envahi le territoire impérial ^ Le choix de ce messager est significatif et Ton peut penser que parmi les arguments destinés à entraîner le consentement des Normands, celui de la situation de Jérusalem et de la défense commune de la chrétienté devait peser d'un certain poids 2. Il est donc permis d'affirmer qu'en 1088, au moment de l'avènement d'Urbain II, Tidée de la guerre sainte dé

1. Le fait est connu par le typicon du monastère de Batclikovo (diocèse de Phi iippopoli), qui porte la souscription d'Euthymlos.Voy.Bt/zan^ Zeitschrift, il. 630.

2. Od ne s'e\i)iiquerait pas autrement que l'empereur eût choisipour négociateur un prélat étranger à son empire.

tous les chrétiens contre les musulmans flottait pour ainsi dire dans l'air. Le danger immédiat des Turcs poussa Grégoire VII à la formuler le premier, mais elle est en réalité l'expression spontanée de l'enthousiasme pour la Terre Sainte que deux siècles de pèlerinages ininterrompus et les souvenirs de la grandeur de Charlemagne avaient imprimé dans le cœur des chrétiens d'Occident. Si l'on méconnaît la valeur de ce passé, il est impossible de s'expliquer la genèse des croisades.

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