‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 57 sur 268 · L'INITIATIVE DE LA CROISADE · texte numérisé non relu

L'INITIATIVE DE LA CROISADE

Jérusalem et, après lui avoir dépeint la situation lamentable des chrétiens de Palestine, aurait reçu de lui la mission de prêcher la croisade. En réalité aucun document vraiment contemporain de la première croisade, ni les chroniqueurs, ni les correspondances ne mentionnent cette intervention. Tudebode, Foucher de Chartres, Raoul de Caen et même Guibert de Nogent et Ordéric Vital parlent des prédications de Pierre l'Ermite sans dire un seul mot de son pèlerinage à Jérusalem. Anne Comnène, qui semble n'avoir commencé à écrire qu'après la mort de l'empereur Jean (1143) et ne connaissait que par des récits les faits de la première croisade, dit seulement que Pierre, à la suite des maux qu'il eut à souffrir de la part des Turcs, dut renoncer à accomplir le pèlerinage de Jérusalem et qu'il se résolut alors à prêcher la croisade ^ C'est seulement au milieu du xii® siècle que se forme la légende de Pierre l'Ermite. L' « Historia belli sacri » rédigée vers 1131 raconte qu'après s'être endormi dans une église de Jérusalem, il vit en songe le Christ qui lui ordonna de se rendre auprès du pape et de prêcher la croisade^. Pierre tient surtout une grande place dans le récit d'Albert d'Aix qui essaye visiblement d'attribuer aux ascètes tout le mérite de la croisade ^ ; à la vision s'ajoute une lettre du patriarche de Jérusalem au pape. Ce récit figure alors avec des variantes dans les chroniques postérieures. Dans Guillaume de Tyr la vision n'a lieu qu'après la remise des lettres du patriarche. Désormais Pierre l'Ermite sera considéré comme le principal instigateur de la croisade^. En fait il est loin d'avoir eu ce rôle éminent ; il fut seule-

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