‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 7 sur 268 · ÉTAT DES CHRETIENTES ORIENTALES · texte numérisé non relu

ÉTAT DES CHRETIENTES ORIENTALES

attendre jusqu'à la deuxième moitié du iv« siècle pour trouver dans la personne de saint Martin un « apôtre des paysans ^). Les missionnaires orientaux ont même dépassé les limites de l'empire et au v^ siècle des églises sont organisées en Arménie, en Mésopotamie, chez les Arabes ^ Dans l'île de Philé, dernier refuge du paganisme protégé par des conventions diplomatiques, une église se dressait dès le v® siècle en face du temple d'Isis 2. La vitalité des pays d'Orient se manifeste à cette époque par la renaissance des langues nationales, copte ou araméenne, qui deviennent, aux dépens du grec, les langues religieuses de l'Egypte, de la Syrie, de l'Arménie, de la Perse, En Orient aussi, naissent les premiers instituts monastiques destinés à exercer une influence si profonde sur la vie chrétienne et sur l'histoire de l'Eglise : à la fin du iv® siècle, le désert de Syrie, la Nitrie et la Thébaïde sont peuplés de colonies d'anachorètes ou de cénobites et les monastères pakhômiens possèdent déjà la plupart des caractères et des règlements qui se répandront plus tard presque sans changement dans toute la chrétienté ^.

Depuis la fondation du christianisme, l'Orient est resté la terre de prédilection de la science religieuse : aux IV® et v^ siècles, les écoles de théologie y atteignent leur apogée. Non seulement elles produisent la lignée des grands docteurs de léglise grecque, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Ghrysostome, etc., mais leur influence s'exerce sur les plus illustres des pères d'Occident, saint Hilaire, saint Ambroise ou saint Augustin. C'est en Orient que

4. Laiîourt, Le christianisme dans Vempireperse. Paris, 1004. — Erwand Ter-Minnassuntz, Die armenische Kirche in ihren Beziehumjen zu den syrischen Kirchen. Leipzig, 1904. — Ducuesne, Églises séparées. Paris, 4896. cil. VII.

2. C'est ce qui ressort du papyrus Z de Leyde (voy. Wilken, Archiv far Papyrus forschung, I, p. 396).

3. SciinviETz, Das morgenldndische Mônchtinn, I. Mayence, 1904.

naissent les controverses dogmatiques dont la multiplicité montre l'intensité de la vie religieuse et si l'Orient est la terre des hérésies, c'est aussi sur son , territoire qu'ont lieu les conciles œcuméniques composés en majorité d'évéques orientaux. Dans cette élaboration de la pensée religieuse on ne saurait trop insister sur l'importance d'Eusèbe dont les ouvrages devaient servir de types au moyen âge tout entier. Dans sa Chronique^ connue seulement par des traductions, il établit pour la première fois une concordance entre la chronologie de l'histoire profane et celle de l'JtLcriture; elle est en quelque sorte la base sur laquelle se sont appuyées toutes les chroniques et toutes les annales du moyen âge. D'autre part, son Histoire ecclésiastique eut une fortune analogue et devint la source principale de tous les ouvrages de ce genre.

Enfin, c'est dans cette période féconde des iv®-v® siècles que l'art chrétien apparaît en Orient avec ses principaux caractères. Comme on l'a montré récemment \ on trouve en Asie Mineure, en Syrie et en Egypte dès le IV® siècle, les principaux types d'édifices religieux qu'adoptera plus tard la chrétienté : basilique à colonnes, couverte d'une charpente; basilique dont la voûte en berceau repose sur des piliers; basilique à coupoles; martyria cruciformes ou octogonaux, etc.. En Orient aussi se forment une iconographie religieuse et une décoration toute différente de l'ornement antique. C'est peut-être dans ce domaine que se fait sentir le plus profondément la réaction nationale contre l'hellénisme et c'est à cette source que les artistes de toute la chrétienté viendront puiser leurs inspirations.

1. Voy. les études, de Strzygowski, en particulier : Kleinasien, Leipzig, . 1903 (recensions de Diehl, Journal des savants, 1904. — Millet, Revue archéologique, VJOo). — De VociiÉ, Syrie centrale. Paris, 1865-76. — Gayet, Uart copte. Paris, 1902.— L. Bréhier, Les Basiliques chrétiennes. Paris, 1906.

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