‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 73 sur 268 · Voy. plus haut, chap. m · texte numérisé non relu

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cinq fois plus forte et réclama sa part de la ville. Un conflit faillit éclater entre les deux chefs; toutefois ils se réconcilièrent et pendant que Tancrède s'emparait des places de Cilicie, Baudouin appelé par les Arméniens, franchissait TEuphrate (octobre 1097) et occupait tout le pays jusqu'à Edesse. Le prince arménien d'Edesse Thoros l'adopta comme son successeur, puis les Arméniens, pressés de l'avoir pour seigneur, se débarrassèrent de Thoros (9 mars 1098) : Baudouin épousa une princesse arménienne et fonda ainsi la première principauté latine qui ait existé en Orient. Il était à craindre que son exemple ne fût suivi par les autres barons au grand détriment de l'objet même de la croisade \

Pendant ce temps le gros de l'armée trouvait la fin de ses souffrances sur le territoire de la Petite Arménie, dont les habitants se montrèrent pleins de zèle pour le ravitaillement des chrétiens. Le Taurus fut franchi au milieu des combats avec les Turcs et le 20 octobre 1097 les croisés arrivèrent devant Antioche^ dont l'émir Jagi-Sian avait amassé de grandes provisions, confiant dans sa garnison de seize mille hommes et surtout dans les formidables défenses de la ville, resserrée entre l'Oronte et la montagne, que ses murs, protégés par 450 tours, escaladaient : au sommet se trouvait la citadelle. Les croisés s'attaquèrent justement au côté le plus fort de la place, aux murs du nord et de l'est qui n'étaient interrompus par aucune porte pendant douze kilomètres ; or ils ne possédaient nullement les machines de guerre indispensables au siège d'une pareille place ; aucune discipline

1. Costa Franc, \,'ô. — Tuderode, Hist. Occ. Crois., ni, 30. — Mistoria bcUi sacri, 31. Hist. Occ. Crois., 184. — Foucher, Ilist. Occ. Crois., in, 337-338.

2. Gesla Franc, XII, 2. — Hist. h. sacri., 34. Hist. Occ. Crois., III, 186. Le premier corps qui parut devant Antioche fui celui deBuhcmond.

générale ne régnait entre les divers corps de troupes. Chacun d'eux réglait lui-même ses approvisionnements et les consommait librement sans s'inquiéter de l'avenir. Au bout d'un mois le pays fut épuisé et la famine commença, accompagnée d'une épidémie qui emporta le septième de l'armée. Encore une fois les Arméniens sauvèrent l'armée chrétienne et la ravitaillèrent, mais la garnison d'Antioche harcelait les assiégeants par des sorties incessantes et il fallut entourer le camp d'un mur de protection ^ Au moment où le siège se poursuivait ainsi sans qu'on pût espérer aucun résultat, on apprit l'arrivée au port Saint-Siméon, à l'embouchure de l'Oronte, d'une flotte* qui portait des croisés génois et qui fut bientôt suivie de navires anglais^. Grâce à une expédition qui fut sanglante pour eux et pour les Turcs, Bohémond et Raimond de Saint-Gilles purent amener les nouveaux jj arrivants devant Antioche^. Parmi eux se trouvaient des ingénieurs et des charpentiers ; ils construisirent en face de la porte Saint-Georges, située à l'ouest entre la montagne et l'Oronte, un château en bois, dit de la « Mahomerie » ; désormais les sorties des Turcs furent arrêtées ^ et grâce à leurs machines de guerre, les Génois commencèrent à battre les murs de la place. Bientôt la famine régna à Antioche : un renégat arménien, commandant d'une tour de l'ouest, négocia avec Bohémond. Le chef normand proposa au conseil des barons de leur livrer Antioche si on voulait lui en assurer la possession future; devant

1. Gesta Fr., XII, 2 et suiv. Raimond d'Aguilers (F? s ^ Occ. Crois., IH, 252 suiv.). Bist. belli sacri, 3S suiv. {Hist. Occ. Crois., p. 186 et suiv.).

2. C\FARO, Liberatio civit. Orientis (Hist. Occ. Crois.^ V, 49-50). — Raimond d'AcuiLEUs [Hist. Occ. Crois., III, 242).

3. Raimond d'Aguilers {Hist. Occ. Crois., III, 248). — Riant, Arch. Or. lat., I, 22».

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