LUTTE CONTRE L'EMPIRE BYZANTIN
enfin les empereurs de Constantinople n^avaient pas renoncé au dessein d'Alexis Comnène de placer les états latins sous leur suzeraineté et en 1138 ils crurent le moment favorable pour y arriver. Bohémond II prince d'Antioche était mort en 1131 en laissant comme unique héritière la princesse Constance, fiancée à Manuel Comnène. Le roi de Jérusalem Foulque, en sa qualité de suzerain, maria Constance à un cadet de la maison des comtes de Poitiers, Raimond, qui devint ainsi prince d'Antioche. A cette nouvelle l'empereur Jean Comnène prépara une expédition et, traversant la Cilicie avec une grande armée, il prit Tarse et parut devant Antioche; il se fondait pour réclamer l'entrée dans la ville sur le serment prêté par les chefs de la première croisade entre les mains d'Alexis Comnène. La situation était critique : Raimond avait été obligé de courir au secours du roi de Jérusalem attaqué par les Sarrasins : d'autre part l'empereur disposait de machines de guerre qui rendaient impossible toute résistance de la place. A la fin les habitants d'Antioche se portèrent comme arbitres entre l'empereur et leur prince : il fut entendu que Raimond ferait hommage d'Antioche à l'empereur qui en échange l'aiderait à s'emparer d'Alep et de Césarée sur l'Oronte. La cérémonie de l'hommage eut lieu au camp impérial et la bannière de l'empereur fut arborée sur la ville (1137) ^ L'année suivante l'empereur voulut exercer effectivement ses droits de suzerain : il convoqua ses vassaux, le prince d'Antioche et le comte d'Edesse pour aller assiéger Césarée. Revêtu d'une cuirasse et d'un casque d'or, Jean Comnène dirigeait lui-même les travaux du siège, tandis que le cemte d'Ldesse et le prince d'Antioche, pour témoigner de leur mauvais
i, NiCÉTAS, I, H. — GUILL. DE TVR, XIV, 30.
vouloir, passaient leur temps à jouer aux dés. Irrité de leur indolence, l'empereur donna le signal de la retraite après avoir pris un faubourg de la ville et entra en grande pompe à Antioche, reçu par le patriarche et le clergé au chant des cantiques ; puis il voulut se faire livrer la citadelle et obtenir le droit pour les armées impériales de traverser la ville. Mais une émeute excitée par le comte d'Édesse éclata contre lui; Jean Comnène effrayé battit en retraite et regagna Constantinople. Au même moment (28 mars 1138), le pape Innocent II blâmait dans une bulle cette tentative contre les états latins et défendait aux fidèles d'aider 1 empereur à occuper les villes possédées par les croisés *.
Pendant l'expédition contre Alep, en 1142, les habitants d'Antioche rappelèrent cependant à Jean Comnène ses promesses de secours. Il revint avec une armée et réclama encore la citadelle d'Antioche; en même temps il faisait demander au roi Foulque de le recevoir à Jérusalem ; il lui fut répondu qu'il pourrait y entrer, mais en simple pèlerin. De nouveaux conflits s'annonçaient donc lorsqu'on traversant les montagnes du Taurus cilicien, Jean Comnène fut tué à la chasse d'une flèche empoisonnée (1143). Le prince Raimond d'Antioche voulut profiter de cet événement pour envahir les territoires byzantins; le successeur de Jean, Manuel Comnène, envoya contre lui une armée et une flotte ; cerné par les Impériaux, Raimond dut venir s'humilier à Constantinople, renouveler le serment dhommage-lige et promettre d'accepter à Antioche un patriarche choisi dans le clergé de Constantinople (1144) 2.
Manuel était ainsi parvenu à réaliser les desseins d' A-
1. GuiLL. DE Tyr, XV, 3. — Rozière, CaHul. du Saint-Sépulcre, p. 86-81,