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CHAPITRE ^'I

AVANT ET APRÈS l' ENCYCLIQUE DU 16 FÉVRIER 1892.

Le manifeste du comte de Chambord. — La situation des Catholiques.— Le bref de Pie VL — Opportunité de l'intervention de Léon XIIL — La tactique nécessaire. — Un article de M. Spull<M-.

Les catholiques, unis pendant le règne de Louis-Philippe, se divisèrent après le coup d'Etat 11). C'était de part et d'autre le même dévouement à l'Église; mais on ne s'entendait plus sur le choix des moyens les plus propres à faire triompher la cause. Quelques-uns crurent pouvoir revendiquer l'application de la thèse; d'autres pensaient qu'il valait mieux s'en tenir encore à l'hypothèse. Loin de moi la pensée de rallumer ces querelles éteintes et de me mettre en opposition avec l'idée fondamentale de ce livre, qui est

(1) Voir : Histoire de second Empire, par M. Pierre de la Gerce, t. II, livre XI.

une idée d'apaisement et de concorde; je passe donc, sans autre transition, à des temps plus rapprochés et à des questions plus opportunes.

Les catholiques de 1830 gagnèrent la bataille qu'ils avaient engagée. Dès 1844 ils pouvaient mesurer le chemin parcouru, et ils avaient le droit d'en être fiers (1 . Leurs efforts devaient aboutir enfin à la loi de 1850, à cette loi de liberté d'enseignement dont nous recueillons aujourd'hui les inestimables bienfaits. Au point de vue religieux en effet la situation est bien meilleure qu'après 1830.

L'irréligion n'est plus la marque infaillible de la valeur intellectuelle ; des cérémonies religieuses ont été célébrées aux centenaires de l'École polytechnique, de l'École normale et de l'Institut ; l'habit ecclésiastique circule librement dans les rues de Paris; un homme du monde, faisant ses Pâques, n'est plus, grâce à Dieu, une chose rare, presque inouïe; le progrès est incontestable.

Tout n'est pas fini cependant : nous avons encore des batailles à livrer, des préjugés à combattre et des âmes à conquérir. Les défenseu# de l'Église, en 1830, avaient admirablement

(1) Voir : L'Église et l'Élat sous la Monarchie de Juillet. par M. Thureau-Dangin, ch. m.

choisi leur terrain de combat; ils avaient accepté la Charte franchement et sans arrière-pensée ; ils n'avaient pas commis l'imprudence suprême d'entrer en lutte avec le gouvernement de Juillet; ils n'avaient pas protesté contre lui, au nom d'un passé qu'ils se seraient efforcés de faire reAdvre, ils n'avaient pas voulu emifjrer à l'intérieur.

Avons-nous suivi cet exemple après les événements de 1870?

Je ne fais aucune difficulté d'admettre que les catholiques avaient le droit absolu de préférer, après la chute de l'Empire, un autre gouvernement que celui de M. Thiers ; ils pouvaient alors espérer et croire que la République ne vivrait pas et que la France allait appeler le comte de Ghambord.

La lettre du 27 octobre 1873 fit évanouir ces espérances :

« La douleur de l'efibndrement que je pressentais, dit M. Chesnelong, se doubla pour moi de la douleur de notre impuissance devant une situation fatalement compromise. Cette douleur, tous la partageaient, y compris M. le marquis de Dreux-Brézé... M. Lucien Brun, avec un respect profond pour les résolutions du prince, ne pouvait contenir l'expression de sa douleur. Je l'en-

tends encore nous dire : « Nous n'avions fait (( qu'un rêve, et il s'est brisé!... »

(( Je lus avec une émotion que j'avais peine à maîtriser la lettre du prince. Pas un mot ne fut prononcé pendant cette lecture par les soixante députés qui l'entendaient. Mais, à mesure que cette lecture se déroulait, je voyais d'abord l'anxiété, puis la déception, enfin une sorte d'abattement passer dans toutes les physionomies.

(( L'impression finale fut profonde autant que douloureuse...

(( La lecture terminée, le silence continua encore, et la tristesse en était navrante. On eût dit une de ces stupéfactions muettes comme il s" en produit devant de soudaines funérailles (1) . »

Le comte de Chambord n'a pas régné, parce que, malgré les supplications de ses amis et les avis éclairés de Pie IX, il a obstinément repoussé le drapeau tricolore. Le drapeau blanc était l'emblème d'un passé dont la France ne veut à aucun prix, et le Roi, avec son drapeau, eût heurté le sentiment national dans ce qu'il a de plus délicat et de plus facilement irritable. Ce prince était d'ailleurs un homme d'une foi sincère, d'une piété profonde, et, à

(1) La Campagne monarchique de 1873, par M. Chesnelong, ch. v:it.

tort peut-être, la nation aurait cru que ses scrupules religieux étaient la cause de son éloignement pour le drapeau tricolore. La situation de l'Église eût été pleine de dangers, car le pays aurait vu, dans la question du drapeau, une question religieuse autant qu'une tendance politique .

Ajoutez à cela les imprudences probables, les exagérations d'un zèle indiscret, les enthousiasmes irréfléchis , tout cela eût suscité , je crois, une opposition formidable dont Fautel aurait souffert au moins autant que le trône. Les âmes se seraient éloignées de nous, et, à la mort du Roi, nous aurions assisté peut-être à une explosion de haines comme à la chute de Charles X.

Le comte de Chambord a évoqué la mémoire de Henri IV : « On ne m'arrachera pas, a-t-il dit, le drapeau de Henri IV. »

Ah! si, pour vaincre la Ligue et déjouer la politique astucieuse de Philippe II, il avait suffi au Béarnais de changer la couleur de son drapeau, il aurait répondu à l envoyé des états généraux de 1593 ce qu'il disait plus tard aux notables de Rouen : « La violente amour que je porte à mes sujets me fait trouver tout aisé et honorable. »

Ce grand homme, ce Roi éminemment français, dont le génie, la sagesse et la valeur ont relevé notre patrie de l'abîme où elle était tombée sous les derniers Valois, ce représentant héroïque de l'unité et de l'indépendance nationales, avait un sens trop profond des nécessités des temps pour s'arrêter à des questions secondaires quand il s'agit de l'intérêt suprême : le bien du pays.

Les hommes politiques qui désiraient lavènement du comte de Chambord avaient, cela ne se discute pas, des intentions élevées et droites; ils voyaient, dans cette restauration, un gage de stabilité et de grandeur, un moyen de sortir de l'agitation du présent et des incertitudes du lendemain, la sauvegarde des intérêts sociaux et religieux , la réconciliation de la France avec l'Europe monarchique, et ils étaient justement fiers de mettre à la tête de la nation le chef d'une Maison illustre entre toutes.

Il se peut que quelques-uns de ces avantages eussent été obtenus, mais, au point de vue religieux, les espérances auraient-elles été réalisées? On peut en douter.

Ceux des catholiques qui ne se contentent pas, pour l'Église, des libertés de droit com-

muii, 11' auraient-ils pas été tentés de s'appuyer trop exclusivement sur le trône , au risque de compromettre la solidité de Faiitel? Ne se seraient-ils pas exposés à laisser croire que la Religion était un instrument de règne et la très humble servante du régime nouveau? Or l'opinion publique, en France, est excessivement chatouilleuse sur ce point, et si les craintes que j'exprime étaient devenues une réalité, l'Église eût été souverainement impopulaire, son influence amoindrie, ses prêtres discrédités, ses convictions soupçonnées, la soumission à ses lois taxée d'hypocrisie. Les fidèles se seraient attiédis, les indifTérents se seraient éloignés et une opposition formidable aurait battu en brèche et le trône et l'autel.

Sans doute l'Église a des promesses d'immortalité ; mais la foi est souvent chancelante dans les âmes : il est dangereux de la soumettre à des épreuves délicates où elle peut trouver son tombeau.

Le comte de Chambord a été l'un des plus nobles caractères de notre temps ; tout le monde s'incline devant la mémoire de cet homme qui , pour ce qu'il regardait comme un principe, a mieux aimé renoncer à un trône ; mais, au point de vue religieux, l'échec de la restauration a-

t-il été un malheur? Je ne croîs pas. L'Église aurait perdu en influence sur les âmes ce qu'elle aurait gagné en importance officielle , et quand bien même Henri Y n'aurait pas renouvelé Charles X, on aurait soupçonné en lui des tendances analogues. Aux yeux de la nation, le clergé eût été le séide d'un pouvoir fort discuté et l'Église serait devenue aussi impopulaire que le drapeau blanc.

Ce péril était possible, probable même; il est permis de le signaler sans blesser pour cela des convictions respectables et des dévouements dont rien n'a pu décourager le zèle ni refroidir la fidélité.

La cause de la monarchie était irrévocablement perdue, et la déroute des royalistes facilita singulièrement la victoire des répulîlicains. La République, qui en 1873 était contestée, et dont les assises n'étaient peut-être pas très solides, la République n'a pas cessé de gagner du terrain, et elle est acceptée aujourd'hui par la très grande majorité du pays. C'est là un fait dont l'évidence s'impose.

A mesure que le régime républicain se fortifiait et que la France, plusieurs fois consultée, affirmait sa volonté de garder la forme actuelle de son gouvernement, la situation des catholi-

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ques devenait de jour en jour plus délicate et plus embarrassée.

Us avaient à lutter d'abord contre ce préjugé habilement exploité par les adversaires de nos institutions : c< En France la République est nécessairement antireligieuse, tandis que la Monarchie est l'alliée naturelle de l'Église. » Pour être juste, il convient d'ajouter que les opinions et les actes de bon nombre de républicains donnaient beaucoup de poids à cette accusation.

On sait maintenant à quoi s'en tenir ; mais à l'époque dont je parle, les idées n'étaient pas aussi nettes, aussi précises que depuis l'Encyclique.

Pourquoila République serait-elle, en France, l'ennemie née de l'idée religieuse? On aura beau le dire et le redire à satiété, on ne le prouvera jamais. Qu'il y ait des républicains irréligieux, je suis loin de le nier; mais qui donc oserait soutenir qu'ils le sont en vertu même de leurs opinions républicaines? Si cela était vrai, aucun catholique ne pourrait être républicain, ce qui est absurde. Et cependant on en était là. Dans quelques années on aura peine à le croire ; mais personne ne me contredira quand j'affirme qu'à une époque encore très rapprochée de nous, les

termes, catholique et républicain, semblaient être irréconciliables.

Ce préjugé nous a fait un mal incalculable.

Les catholiques avaient aussi à réagir contre « l'éducation, la routine, les habitudes même du langage, un conservatisme trop isolé du courant d'idées qui traversent le monde, Tamour de la tradition, l'eloignement des nouveautés et le respect du passé » (1). Toutes ces causes disposaient peu les catholiques à accepter la République : aussi il ne faut pas s'étonner, outre mesure, s'ils ne s'y sont pas ralliés dès les premiers jours; mais ils ont été mal inspirés quand ils se sont obstinés à la combattre. Si, après l'échec du projet de restauration, les catholiques s'étaient franchement déclarés fidèles à la République, en serions-nous au point où nous en sommes? Les républicains de la veille, modérés et libéraux, auraient-ils fait cause commune avec les radicaux sectaires qui ont fini par triompher et nous ont fait chèrement payer notre opposition systématique? C'est une question qu'il est permis de se poser. Voici comment y répond l'auteur anonyme d'une brochure fort sage qui, je le sais, a été hautement appréciée

(1) Voir l'Univers du 19 septembre 1895.

par d'éininents personnages ecclésiastiques :

« Il importe de bien saisir dans les événements qui se succèdent en France depuis bientôt vingt-cinq ans, les causes de cette alliance contre nature où nous avons vu tant d'hommes modérés par origine et par caractère, s'unir contre nous à des violents dont les idées, les souvenirs, les conceptions politiques et sociales contredisent les leurs en tant de points essentiels, et dont le triomphe définitif serait leur ruine.

(( En essayant d'expliquer cette alliance nous n'entendons pas la justifier. En toute hypothèse, elle est une faute, et n'étaient les préjugés et les entraînements, et il faut bien le dire aussi, les fautes qui, de notre part, Font souvent favorisée, nous dirions qu'elle est un crime,

« La première cause en fut dans un dissentiment politique qui a trop longtemps subsisté entre les répuljlicains modérés et nous.

« Tandis qu'ils cédaient, par attrait ou par prévoyance, au grand mouvement national trop universel et trop persévérant, pour qu'on puisse Tattribuer à la fraude ou à la contrainte qui, depuis iin quart de siècle, s'affirme victorieusement en faveur de la République, les catholiques s'obstinaient à la combattre, non seulement dans ses lois iniques, mais dans son principe et

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son existence elle-même. Il n'y a pas à le nier, c'est l'histoire d'hier.

« Pour défendre le gouvernement de leur choix, les républicains modérés furent donc amenés à se séparer de nous, et à chercher leurs alliés parmi ceux qui doivent être nos adversaires communs (l). »

Ces observations me paraissent fort justes. Il ne faut pas croire que tous les républicains soient nos ennemis irréconciliables: beaucoup le sont devenus parce que nous avons commis l'imprudence de vouloir nous opposer au « grand mouvement national ». La concentration de toutes les fractions du parti républicain s'est faite contre nous et à nos dépens. Nous avons été vaincus dans cette lutte inégale elles vainqueurs nous ont fait sentir lourdement le poids de leur victoire. Sur le terrain de la politique nous avons eu le malheur de nous aliéner l'opinion ; c'est ce qui a permis à nos adversaires de prendre, contre nous, des mesures odieuses qu'ils n'eussent pas même osé tenter, si nous avions eu, dans le pays, l'appui solide de l'opinion publique.

Qu'on ne dise pas : « L'union entre les catho-

(1) Voir la brochure « Ni faibles, ni violents »; Paris, chez Vie et Amat, 11, rue Cassette.

liques et les républicains modérés n'était pas possible, parce qu'il y a entre eux, sur d'autres questions que la politique, des dissentiments trop graves et trop profonds. Les catholiques ne peuvent pas faire cause commune avec des hommes qui ne partagent pas leur foi; ils ne doivent pas contracter certaines alliances qui ressembleraient à une apostasie. »

Cette intransigeance hautaine est blâmée par Léon XIII dans sa lettre à Févèque de Grenoble. Ce grand pape fait appel à toutes les bonnes volontés et il invite les catholiques à n'en repousser aucune : « Tout en se tenant ferme dans l'affirmation des dogmes, dit-il, et pur de toute compromission avec Terreur, il est de la prudence chrétienne de ne pas repousser, disons mieux, de savoir se concilier, dans la poursuite du bien, soit individuel, soit surtout social, le concours de tous les hommes honnêtes.

« La grande majorité des Français est catholique. Mais parmi ceux-là même qui n'ont pas ce bonheur, beaucoup conservent, malgré tout, un fond de bon sens, une certaine rectitude que l'on peut appeler le sentiment d'une àme naturellement chrétienne; or ce sentiment élevé leur donne, avec l'attrait du bien, l'aptitude à le réaliser, et plus d'une fois, ces dispositions in-

times, ce concours généreux leur sert de préparation pour apprécier et professer la vérité chrétienne. Aussi n'avons-nous pas négligé dans nos derniers actes, de demandera ces hommes leur coopération pour triompher de la persécution sectaire, désormais démasquée et sans frein, qui a conjuré la ruine religieuse et morale de la France (1). »

Quelques catholiques clairvoyants et sincèrement dévoués à la cause de l'Église ont compris la sagesse de ces conseils du Pape : P Univers du 31 mars 189G a publié un excellent article dont je cite les principaux passages : « Il faut, jusqu'à nouvel ordre, nous contenter de peu, et si, quelque jour, un ministère modéré prend la direction des affaires du pays et consent à ne pas entraver notre action sociale, à respecter nos œuvres; si, de plus, dans l'application des lois existantes que nous déplorons à bon droit, il apporte une certaine mollesse et nous fait espérer certaines transactions; s'il manifeste enfin sa volonté d'empêcher le désordre, d'enrayer la Révolution, de faire de la République un gouvernement régulier et pacifiquement réformateur au point de vue social ; nous devons lui prêter notre concours, lui faciliter sa tâche.

(1) 22 juin 1892.

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« Mais encore faut-il en prendre les moyens : ne pas soulever au Parlement des questions intempestives, éviter, dans les débats des deux chambres, les sujets irritants qui placeraient ce gouvernement de conciliation silencieuse dans une situation trop difficile à l'égard des fractions avancées de la gauche et l'obligerait à nous « lâcher »... Il faudrait, en un mot, que, quand un ministre comme M. Spuller essaie timidement d'acclimater dans certaines sphères la plante exotique de « l'esprit nouveau », puis, ayant présenté l'objet, s'aperçoit qu'il est nécessaire de l'enguirlander, il faudrait, 6 mes frères les catholiques, ramasser dans nos intelligences tout ce que nous pouvons posséder de sens politique éparpillé et ne pas exiger tout d'un coup, des disciples de Gambetta, qu'ils gravissent pieds nus et la corde au cou, en procession solennelle et réparatrice, la butte de Montmartre.

« — Alors, c'est une abdication que vous demandez?... Pas le moins du monde. Jexprime simplement ce vœu, cju'au lieu de s'enivrer de polémiques violentes et de grandes phrases que nous connaissons par cœur depuis vingt ans qu'elles n'ont rien produit, les catholiques s'habituent enfin à la tactique véritable et cessent

de nourrir ce rêve enfantin de regagner en un jour le terrain perdu. »

Non, une telle tactique n'est pas une abdication, elle est la répudiation des violences qui ont tout perdu, elle est la sagesse pratique qui peut encore tout sauver.

La situation de l'Église en France était donc fortement compromise, quand Léon XIII éleva la voix pour faire cesser un état de choses qui menaçait de s'éterniser en s' aggravant tous les jours davantage.

L'émotion causée par la parole du Pape fut profonde ; c'est à peine si elle est encore calmée : on se rappelle la joie des uns, la colère des aulres, l'étonnement de tous.

Quelques polémistes, auxquels Léon XIII enlevait leur arme la mieux trempée pour faire la guerre à la République, crurent esquiver le coup en disant : « C'est de la politique et la politique ne regarde pas le Pape. »

Ce n'était pas de la politique.

Le Pape, qui pourrait le contester ? a évidemment le devoir et le droit de sauvegarder les intérêts de l'Église universelle et des églises particulières; or depuis longtemps l'Église de France ne comptait plus ses défaites, et l'une

des principales causes de ces désastres était Topposition des catholiques au régime accepté par l'immense majorité de la nation 1 1 i. Le Pape pouvait-il assister indifférent et impassible au douloureux spectacle d'une église en butte à tant de vexations? Non, il ne le pouvait pas : il n'a pas fait de la politique, il a enlevé aux ennemis de TÉglise tout prétexte à leurs défiances, à leurs haines, à leur législation oppressive de la liberté et du droit. Il a parlé comme l'eût fait tout autre Pape en de semblables circonstances, comme le fit Pie VI dans son bref du 5 juillet 1796, adressé aux catholiques de France. Voici ce document dont je recommande la lecture à ceux que l'Encyclique a consternés.

« Pie VI,

(( Salut et bénédiction.

« La sollicitude pastorale, Nos chers Fils, dont Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans l'abondance de ses miséricordes, a remis le dépôt en Nos

(1) Dans une lettre du 22 octobre 1795, le vénérable M. Emery attribue à la même cause « les malheurs où la Religion et ses ministres sont tombés ».

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faibles mains, Nous fait un devoir de chercher à éclairer tous les fidèles, et particulièrement ceux qui sont exposés à de plus fortes tentations, et à empêcher qu'ils ne se laissent égarer par les fausses lumières d'une sagesse mondaine, car il Nous a été dit, comme au prophète Isaïe : Criez, ne cessez, élevez votre voix comme un clairon, annoncez à mon peuple ses iniquités. « C'est pourquoi Nous croirions manquer à Nous-même si Nous ne saisissions pas avec empressement toutes les occasions de vous exhorter à la paix et de vous faire sentir la nécessité d'être soumis aux autorités constituées. En effet, c'est un dogme reçu dans la religion catholique, que l'établissement des gouvernements est l'ouvrage de la sagesse divine pour prévenir l'anarchie et la confusion, et pour empêcher que les peuples ne soient ballottés çà et là comme les flots de la mer. Aussi saint Paul en parlant, non d'aucun prince isolément, mais de la chose en elle-même, affirme-t-il qu'il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu et que résister à cette puissance c'est résister aux décrets de Dieu même.

(( Ainsi, Nos très chers Fils, ne vous laissez pas égarer, n'allez pas, par une piété mal entendue, fournir aux novateurs l'occasion de

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décrier la roligion catholique. Votre désobéissance serait un crime qui serait puni sévèrement non seulement par les puissances de la terre, mais, qui pis est, par Dieu même qui menace de la damnation éternelle ceux qui résistent à la puissance. Ainsi donc. Nos très chers Fils, Nous vous exhortons, au nom de N.-S. Jésus-Christ, à vous appliquer de tout votre cœur, de toutes vos forces, éprouver votre obéissance à ceux qui vous commandent.

« Par là vous rendrez à Dieu Thommage d'obéissance qui lui est dû et vous prouverez à vos gouvernants que la religion nest nullement faite pour renverser les lois civiles. Votre conduite les convaincra tous les jours de plus en plus de cette vérité ; elle les portera à chérir et à protéger votre culte en faisant observer les préceptes de l'Évangile et les règles de la discipline ecclésiastique. Entin Nous vous avertissons de ne point ajouter foi à quiconque avancerait une autre doctrine que celle-ci, comme la véritable doctrine du Saint-Siège apostolique. « Donné à Rome, » etc.

Le Pape Pie VI fait bien remarquer que, d"après la doctrine du Saint-Siège qui est celle de l'Église, c'est le pouvoir considéré en lui-

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même qui vient de Dieu et que par conséquent les catholiques lui doivent obéissance, quels que soient son nom et sa forme. Léon XIII n'a fait que rappeler la doctrine, la tradition, la pratique constante de l'Église.

On s'est demandé dans quelles limites l'Encyclique du 16 février 1892 liait la conscience des catholiques? Plusieurs réponses ont été faites; Tune des plus sûres est celle de Son Éminence le cardinal Perraud dans son allocution du 12 novembre 1893 et qui a reçu, de la part du Saint-Père, un témoig-nag-e de « sa haute et pleine satisfaction ».

« Assurément, dit M^"" d'Autun, le Pape ne saurait se prévaloir ici du privilège de l'infaillibilité, telle que l'a définie le concile œcuménique du Vatican. Mais de ce côté, et bien que dans ce domaine il ne puisse y avoir lieu pour eux (les catholiques) à produire des actes de foi dans une soumission entière et absolue de l'esprit , les vrais catholiques ne sont pas soustraits au devoir de l'obéissance, et d'une obéissance qui doit être accompagnée d'une confiance affectueuse... De ce que de tels conseils ne s'imposent pas à nous au nom d'une obéissance dogmatique comme lorsqu'il s'agit d'une définition de foi , peut-il être permis de penser et de dire

qu'ils nous laissent une entière liberté d'acceptation et de refus ^ et que notre piété filiale ne subira aucun déchet si nous nous permettons de faire fi des exhortations dun tel père? »

L'Encyclique ne contient donc pas une définition dogmatique ; mais ceux qui ne Tacceptent pas, manquent au respect du aux conseils du Pape et à l'obéissance qu'il a le droit de demander à ses enfants. C'est, de leur part, une bien grande témérité que de se soustraire à la direction donnée à l'Église de France par le chef de l'Église universelle. Résister au Pape, parce qu'il ne menace pas d'anathème, c'est donner une faible idée de la vénération, du respect , et de la soumission que tout catholique doit au Vicaire du Christ.

Et d'ailleurs, quand même ces raisons puisées dans un ordre d'idées si élevées ne suffiraient pas pour convaincre les catholiques , les tristes résultats de la politique suivie jusqu'à l'Encyclique devraient enfin leur ouvrir les yeux.

On accuse le Pape d'avoir brisé l'union des forces conservatrices, d'avoir affaibli les catholiques en les divisant. Qu'avaient-ils donc gagné avant l'Encyclique? On peut lire, dans la déclaration des cardinaux , publiée le 16 janvier 1892, un mois, par conséquent, avant l'intervention

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de Léon XIII, on peut lire la longue énumération des légitimes griefs de l'Église de France, et on verra ce qu'a produit la politique de résistance.

Il était temps d'en changer, puisque la première n'avait conduit qu'à des défaites.

Ceux-là même qui, pendant tant d'années, ont mené une campagne si malheureuse, reprochent à la politique pontificale de n'avoir pas produit, comme par enchantement, des résultats immédiats et décisifs.

Je réponds d'abord qu'ils peuvent prendre pour eux une large part de ces critiques, car ils ont tout fait pour entraver l'action de Léon XIII.

D'ailleurs, il ne faut pas oublier qu'on ne crée pas un mouvement d'opinion du jour au lendemain; il faut du temps, beaucoup de temps. C'est peu à peu, par des efforts continuels, qu'à la longue, on parvient à triompher de préjugés profondément enracinés. Or, avant l'Encyclique, le pays était habitué à voir, dans les catholiques de France, les adversaires du régime actuel ; faut-il donc s'étonner si les idées fausses et les défiances ont persisté même après la déclaration solennelle du Pape? Un vieux et digne prêtre me disait, peu de jours avant la publication du document pontilical : « On ne

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nous croira pas quand nous affirmerons que nous sommes républicains. » Il ne se trompait pas ; mais il dépend de nous de combattre les préjugés et de liàter la réalisation des désirs de Léon XIII.

Cependant il serait faux de dire qu'aucun progrès n'a été accompli : la malheureuse loi d'abonnement ne doit pas les faire oublier.

Les déclamations irréligieuses nont plus le même écho retentissant, le procédé est usé. On ne se croit plus obligé de courir sus au clergé pour faire preuv^e de sincérité républicaine ; on n'a pas dit que la République était en danger parce que, deux fois, le nouveau président avait assisté officiellement à des cérémonies religieuses. Un ancien président du conseil en a fait autant, sans que ses chances et son autorité aient été diminuées. On a pu même espérer un jour que l'heure tant désirée de la paix religieuse allait enfin sonner, quand un ministre, aux applaudissements du pays tout entier, a proclamé Tavènement d'un « ei^prit nouveau ». A l'émotion produite par son discours, M. Spul- 1er a pu comprendre qu'il avait répondu aux ardents désirs de tous les honnêtes gens, et si ses paroles ont réveillé tant d'espérances , c'est que, en véritable homme d'État, il avait

trouvé la formule qui résumait admirablement les situations et les tendances nouvelles. Sans doute iesprit nouveau n'a pas donné tout ce qu'il avait promis, ou du moins le mouvement s'est ralenti; il n'en est pas moins vrai que jamais un ministre de la République n'avait tenu un pareil langage.

Le Pape, on le sait, engage les catholiques à lutter contre les lois édictées contre nous, car il a eu bien soin de rappeler la distinction essentielle entre le gouvernement et la législation. De part et d'autre, la passion seule a pu confondre ces deux choses. Les républicains ont dit que ces lois étaient essentielles à la République, que la République ne se comprenait pas sans elles; et les réfractaires à la politique pontificale ont parlé comme les républicains.

On demeure confondu devant tant d'aveuglement et de parti pris. Mais quand donc a-t-on prouvé que la République deviendrait subitement une Monarchie si la loi scolaire était abrogée? Cela ne se discute pas. Non, l'abrogation de la loi scolaire ne gênerait en rien le fonctionnement du régime républicain, pas plus que la République n'a été compromise quand le Président est allé aux funérailles de M, Pasteur.

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Quoi qu'il en soit, nous autres catholiques, nous ne pouvons pas, en cQpseience, accepter ces lois, et, en protestant contre elles, nous savons fort bien que nous ne faisons pas opposition à la République. Ces lois en effet lui ont été nuisibles, elles ont soulevé la plus terrible difficulté qu'un gouvernement sage a toujours soin d'éviter, les querelles religieuses.

La question est de savoir quel est le meilleur moyen de lutter efficacement contre ces lois ?

Les catholiques belges et le centre allemand nous l'ont indiqué. Ils avaient, eux aussi, à provoquer l'abrogation de lois que leur conscience ne leur permettait pas d'accepter; ils ont livré la bataille et remporté la victoire sur le terrain constitutionnel. Ils n'ont pas déclaré la guerre, les premiers à la royauté, les seconds à l'empire; ils n'ont pas eu la prétention de changer le gouvernement de leur pays; ils l'ont accepté loyalement , sans arrière-pensée ; ils ont voulu seulement modifier la législation. La victoire des catholiques belges a-t-elle fait, de la Belgique, une République? Nullement; pour la même raison, le triomphe des catholiques français ne ferait pas de la France une Monarchie. C'est donc sur le terrain constitutionnel que nous devons nous tenir, et pour

qu'on ne nous soupçonne pas de viser plus haut que les lois, montrons-nous sincèrement attachés à la constitution du pays. Qu'il ne soit permis à personne de mettre en doute notre dévouement aux institutions qui nous régissent; que les républicains de la veille ne voient pas , dans nos protestations , une attaque détournée contre la Constitution, Cette attitude est absolument nécessaire si nous voulons avoir quelque chance de réussir, car si on peut nous soupçonner de nous embusquer derrière les lois pour tirer sur la République, nous en serons toujours réduits à des protestations sonores, mais impuissantes. En résumé, le plus sûr moyen d'arriver à notre but, c'est de suivre le conseil du Pape, et d'appeler à notre aide tous les républicains honnêtes modérés et vraiment libéraux.

Je disais tout à l'heure que la politique de Léon XIII n'avait pas eu le résultat immédiat qu'on en attendait. Quand même (ce qui malheureusement est inexact), quand même tous les catholiques auraient docilement suivi les conseils du Pape, pouvait-on espérer que, dès le lendemain de l'Encyclique, les républicains de la veille allaient faire volte-face et ne rien garder

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de leurs anciennes défiances? A cliaque retour oil'ensif du vieux parti républicain, les réfractaires à la politique pontificale, ceux-là même qui se sont efibrcés de la faire échouer en disant que le ralliement ne pouvait être qu'un masque, les réfractaires triomphaient et ne manquaient jamais de nous dire : « Voilà où vous conduisent vos concessions. » On pouvait leur répondre : « Où donc vous a conduits votre opposition? » Mais ces questions de personnes sont inutiles, il faut élever le débat et monter plus haut si l'on veut apprécier sainement la politique de Léon XIII.

« Cette politique, dit M. SpuUer (1), était commencée bien avant l'épisode qui l'a révélée au monde, et ce sont tous les actes du pontificat de Léon XIII qu'il faudrait reprendre, étudier et commenter, si l'on voulait la reconstituer dans son ensemble comme dans ses détails. Les lettres encycliques du pape Léon XIII sont les documents de cette politique; aucune n'est

(1) La Politique de Léon XIII n-t-elle échoué ? Revue de Paris, numéro du 15 février 1896. Je ne souscris pas à toutes les propositions de cet article ; mais je rends hommage à la pensée qui l'a inspiré, à la hauteur des vues et à l'impartialité de l'auteur. M. SpuUer donne une belle leçon à ces hommes qui se disent catholiques et qui parlent de Léon XIII avec une si coupable légèreté.

à négliger, et toutes sont à retenir ; elles sont l'expression d'une pensée longuement mûrie, non pas depuis dix-huit ans, mais pendant toute une vie de méditations et de prières, mêlée au maniement des affaires diplomatiques, au gouvernement d'un grand diocèse, et vouée à létude de l'histoire et de la philosophie des sociétés humaines.

« On croit que le pape Léon XIII fait de la politique contingente, d'une portée tout actuelle et dune application immédiate : ce serait plutôt le contraire qui apparaîtrait comme vrai, si l'on voulait se donner la peine d'aller au fond des choses. Léon XIII n'écrit pas et n'agit pas en vue de ce qui se passe à l'heure présente, mais en vue d'un avenir qu'il prépare, autant qu'il en a le pouvoir, et dans les limites de sa prudence et de son autorité. Cet avenir est celui de l'Église, qui est, à ses yeux et selon sa foi de chrétien et de prêtre, de pontife suprême et de docteur infailliJjle, le seul gouvernement assuré de ne point périr parmi les hommes. Il dirait volontiers, répétant la parole de Celui dont il se regarde comme le vicaire : « Le ciel et « la terre passeront, mais mes paroles ne passe- « ront point ; » il dirige la harque de saint Pierre à travers toutes sortes d'écueils et d'orages, et s'il

donne un coup de barre pour la jeter dans tel ou tel courant, c'est pour lui imprimer une marche plus sûre et plus prompte vers le but <ju'il est peut-être le seul à nettement apercevoir.

« ... Il y a des résistances que le Pape connaît mieux que personne et qui lui viennent d'oîi il n'aurait pas dû les attendre, s'il ne savait pas, en grand politique qu'il est, que jamais les partis ne désarment, et qu'ils luttent comme des désespérés, jusqu'à ce qu'ils tombent d'épuisement sous l'action toute-puissante du temps et des faits. Léon XIII est appelé à disparaître^ à un jour plus ou moins prochain; mais la politique cpi'il a tracée pour l'Église ne périra pas avec lui. »

Quelle est donc cette politique? « C'est la politique de l'évolution de l'Église parmi les nations modernes. La voilà définie, cette politique à longue portée et d'un caractère vraiment catholique ! »

L'évolution de l'Église parmi les nations modernes, c'est bien là en effet la note qui caractérise la politique de Léon XIII et dont l'encyclique de 1892 n'est qu'un incident particulier.

Mais l'Église n'est-elle pas immuable? Elle est immuable dans ses dogmes, mais « elle s'adapte avec une souplesse infinie aux divers états de

civilisation où sa mission est appelée à s'exercer ».

Nous assistons à une transformation profonde qui s'opère dans les idées, les mœurs, les tendances des peuples. Chaque jour nous éloigne d'un passé' qui a eu ses grandeurs et ses gloires, mais qui, en définitive, est un passé; nous marchons vers un avenir plein de menaces dont rÉglise seule peut conjurer les dangers, il faut donc qu'elle se prépare aux éventualités prochaines et à faire entendre aux générations nouvelles la parole qui, selon les temps, varie ses intonations pour aller à toutes les âmes et les gagner toutes à Jésus-Christ.

Nous touchons aux dernières années de ce siècle ; que sera le siècle à venir? Dieu seul le sait : mais on peut supposer que deux forces se disputeront alors la direction des peuples : la démocratie et cette société si vieille et cependant toujours jeune qui s'appelle l'Église catholique. Ce sera la gloire immortelle de Léon XIII cVavoir armé l'Église pour les luttes futures et de lui avoir rappelé le langage c|uelle devra parler aux générations de l'avenir, voilà quelle est sa politique ; bien aveugles ceux qui ne voient pas se lever à l'horizon les signes précurseurs des temps nouveaux; bien sourds ceux qui n'en-

tendent pas la parole du grand Pontife que Dieu a choisi pour nous donner une preuve nouvelle de l'éternelle jeunesse de son Église.

Après avoir rendu un éclatant témoignage à la sagesse politique de Léon XIII, M. Spuller jette un regard attristé sur « les chefs de la démocratie qui se montrent incapables de philosopher librement sur les rapports de l'État et de l'Église, d'envisager avec sang-froid les éventualités qui s'annoncent, les perspectives nouvelles qui se découvrent de toutes parts. On en est toujours aux vieux cris de guerre; on croit se défendre, en répétant, — comme les bonzes orientaux égrènent leur chapelet et marmottent leurs prières, — les formules usées d'un radicalisme sénile et impuissant ; on rabaisse l'idéal de l'adversaire, faute de pouvoir lui en opposer un qui le dépasse ; on parle d'incidents futiles, d'intérêts mesquins et transitoires, comme la politique des ralliés, quand on se trouve en face dune évolution qui ne tend à rien de moins qu'à la reprise de possession des intelligences et des consciences, par cette Église que l'on déteste et que l'on combat sans la connaître et sans

l'étudier Oh! nous avons besoin d'un esprit

nouveau I quand soufflera-t-il sur nous? »

L'esprit nouveau soufflera sur nous quand la

démocratie, revenue à une appréciation plus saine et plus juste du rôle de l'Église, la regardera comme une alliée et non comme un adversaire ; quand ces deux forces unies mais distinctes assureront aux peuples la sécurité, la paix, la grandeur et la liljerté; quand la démocratie, oubliant ses vieux cris de guerre, acceptera la main que lui tend FÉglise ; quand enûn la démocratie, baptisée par l'Église, reconnaîtra la Mère qui la enfantée en donnant au monde le dogme de la fraternité humaine.

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