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LA CRISE DE 1830 ET LE JOLRXAL « LAVEMR

Explosion de liaine contre l'Église après 1830. — L'exemple d'O'Connell. — L'Avenir et l'Agence générale. — Affaire des capucins d'Aix et funérailles de l'abbé Grégoire. — Procès de l'Avenir. — Un discours de Jlontalembert.

Charles X s'acheminant vers Rambouillet semblait conduire le deuil d'une religion qu'il avait compromise en croyant la protéger et la défendre. Si jamais on put désespérer de l'avenir de l'Église en France, ce fut en effet au lendemain de la révolution de 1830. La tempête qui avait renversé le trône avait fortement ébranlé l'autel :

la passion irréligieuse était portée à son comble et elle ne recula devant aucun excès.

Comme elles étaient loin et oubliées alors, les cérémonies du culte catholique qui, sous le règne précédent, s'étaient déployées dans les rues de Paris avec tant de pompe et tant d'éclat I Le

3 mai 1826 une procession sortait de Notre-Dame et se dirigeait vers Saint-Germain l'Auxerrois. La chambre des pairs et la chambre des députés, la cour de cassation, la cour royale, la cour des comptes, les tribunaux, le conseil de l'Université , les états-majors de la garde nationale et de la division militaire^ les ministres, les maréchaux, des cardinaux, des évêques, un nombre considérable de prêtres accompagnaient le roi et le duc d'Angoulème. Une salve d'artillerie annonçait les diverses stations du cortège qui, après une visite à Saint-Roch et à TiVssomption, devait se déployer sur la place Louis XV.

Le spectacle était imposant; mais il y avait une ombre au tableau. Derrière Chailes X marchait, dans l'attitude du plus profond recueillement, un homme couvert de broderies et décoré de tous les ordres connus : c'était Talleyrand- Périgord , ancien évèque d'Autun , le même qui, en allant célébrer la messe au Champ de Mars pendant la fête de la Fédération, avait

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dit H La Fayette : « Ne me faites pas rire! » Cette pompe officielle était-elle l'expression d'un sentiment vrai? Tous ces grands dignitaires partageaient-ils Tardente dévotion du Roi, et le peuple de Paris s'était-il associé de cœur et d'âme à cette manifestation dont le Moniteur disait : « Tous les spectateurs sont tomJjés à genoux? » Hélas ! 1830 va nous répondre et nous faire vérifier une fois de plus la profonde vérité de ces paroles de Fénelon : « "Se voit-on pas que les derniers des hommes du peuple ne croient ni ne veulent point toujours au gré des plus puissants princes ? Chacun se déguise, chacun agit et parait vouloir, chacun flotte, chacun applaudit, mais on ne croit point et on n'aime point; au contraire on hait d'autant plus qu'on supporte plus impatiemment la contrainte qui réduit à faire semblant d'aimer. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable du cœur (1). »

La passion irréligieuse qui éclata après 1830 n'était pas subite ; elle datait de loin, elle fermentait sous les dehors fragiles de la religion officielle, et elle fut d'autant plus atroce qu'elle avait été obligée de se déguiser plus longtemps.

(1) Discours pour le sacre de l'électeur de Cologne.

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Le 14 février 1831 la foule se porte à Saint- Germain-l'Anxerrois : elle brise les autels, foule aux pieds les crucifix ; le lendemain elle saccage Farchevèciié et, les jours suivants, elle arrache les croix de presque toutes les églises de Paris. Comme pour consacrer ces impiétés sacrilèges, le ministère Laffitte fait clouer, sur la porte fermée de Saint-Germain-l'Auxerrois, cet écriteau : Mairie du /P arrondissement.

Des scènes semblables se passent à Reims, Nancy, Châlons, Chartres, Orléans, Bourges, Nevers, Niort, Narbonne, Toulouse; partout la même impiété, la même haine, les mêmes hontes. L'archevêque de Paris n'ose pas se montrer, l'archevêque de Reims et l'évêque de Nancy sont obligés de s'exiler; dans plus d'un diocèse, les curés découragés et effrayés veulent quitter leur paroisse, les prêtres doivent se déguiser pour circuler dans les rues de Paris. M. l'abbé Boucqueau de la Villeraie, membre de la députation qui venait offrir au duc de Nemours la couronne de Belgique, arriva à Paris en costume ecclésiastique : il faillit être écharpé en traversant la rue du Bac.

Ces violences féroces étaient le signe évident d'une nation bien malade au point de vue religieux ; le peuple était animé d'une haine ar-

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dente contre le catholicisme, et lÉglise n'inspirait aux classes dirigeantes qu'une méprisante pitié. La bourgeoisie triomphante était parfaitement convaincue qu'elle allait assister « aux funérailles d'un arand culte » (1).

Il faut écouter les témoignages des contemporains pour conTprendre la profondeur et la presque universalité de l'indifférence religieuse des hommes à cette époque.

« Je lisais, dit Louis Veuillot, je lisais dans les écrits des penseurs de nos jours les plus profonds, les plus écoutés, les plus applaudis, que le christianisme avait été beau, utile, mais qu'il était mort, et je croyais très volontiers en effet que le christianisme était mort.

« Rien autour de moi ne me disait qu'il vécût. Dans la ville que j'habitais il y avait sans doute d'honnêtes gens; il n'y avait pas un homme à ma connaissance (pas uni) ni fonctionnaire, ni professeur, ni magistrat, ni vieux, ni jeune qui remplit ses devoirs religieux; pas une mère de famille qui eût une fois parlé en ma présence, à ses enfants, de Dieu, de l'Église ou de quoi que ce soit qui eût le moins du monde rapport à la religion... L'évêque était un

(I) Voir Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet t. VII.

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saint vieillard; j'espère qu'il prie là-haut aujourd'hui pour son diocèse; il ne manquait pas de zèle. Pourtant, dans sa ville épiscopale, il se tenait coi. Ancien émigré, il devait s'estimer heureux qu'on ne lui demandât point, ainsi que le voulaient beaucoup d'avocats populaires, de chanter la Marseillaise au prône du dimanche; et la Marseillaise n'aurait peut-être pas suffi (1). »

Louis Veuillot aurait pu en dire autant de toutes, ou de presque toutes les villes de France. A cette époque, il était parfaitement reçu qu'un homme intelligent n^allait pas à la messe; la pratique religieuse était laissée aux esprits faibles qui avaient gardé les restes de la superstition. M. de Montalembert n'exagère pas quand il affirme que la présence d'un jeune homme dans une église <( produisait presque autant de surprise et de curiosité que la visite d'un voyageur chrétien dans une mosquée d'Orient ».

« On sortait de la guerre terrible que l'opposition politique avait faite à la religion au nom de la liberté. Tout, sous la main de ce parti, avait été une arme contre le christia-

{\) Rome et Lorette.

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nisnie, la tribune, la presse, renseignement, la poésie ; et, par un malheur cligne d'être pleuré, aucune voix populaire ne s'était élevée pour le Christ durant la tempête ; non pas que l'Église de France eût manqué d'orateurs ot d'écrivains, mais parce que tous avaient marché, bannière déployée, dans un sens contraire à celui qui emportait la nation. La voix du comte de Bonald, du comte de Maistre, de l'abbé de La Mennais, avant 1830 ne parvenait à la foule que comme l'écho perdu d'un passé sans retour. C'était la plainte de Cassandre sur les ruines de Troie (1). » Voilà que tout à coup, dans ce silence humilié de la défaite, et à la place des plaintes sans espoir de Cassandre, s'élèvent des voix jeunes, vibrantes et fières; une sève nouvelle circule dans le tronc séculaire qui semblait épuisé ; des hommes d'un grand talent et d'une foi robuste plaident éloquemment la cause de l'Église et revendiquent pour elle les libertés, toutes les libertés promises par la Charte. Ils en ont assez de la situation avilie de vaincus, ils exigent d'être traités en citoyens d'un pays libre, et puisque Louis-Philippe a déclaré que « la Charte serait désormais une vérité », ils

(1) Le P. Lacordairc, Fs'otice sur Ozanam.

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entendent qu'elle soit une vérité pour tout le monde. Lacordaire traduisait hardiment Cœsarem appcllo de saint Paul en « j'en appelle à la Charte », et c'est sur ce terrain qu'ils vont livrer de nouveaux combats. Ils fondent un journal « l'Avenir », et ils prennent la devise : Dieu et la liberté.

En essayant de faire triompher l'Église par la liberté, les rédacteurs de V Avenir avaient sous les yeux un grand et noble exemple.

Le célèbre agilateur, le libérateur de l'Irlande, Daniel O'Gonnell, avait cru à la puissance de la liberté invoquée en faveur de TÉglise, et. à sa voix, les chaînes de la noble captive s'étaient brisées. Voici comment s'exprime le Père Ventura dans sa magnifique oraison funèbre d'O'Connell :

« Tandis que l'hérésie commence toujours par s'attacher aux grands pour pouvoir ensuite, à la faveur de leur passion et de la force de leur puissance, dominer les peuples, la doctrine catholique au contraire commence toujours par s'annoncer d'elle-même et toute seule au peuple ; après quoi elle daigne aussi admettre les grands à sa suite, sous la condition toutefois qu'ils viendront avec le peuple manger à la table et boire à la coupe de l'égalité chrétienne, vêtus

ET [.A FIIANCK MODEUNE. 0

des livrées de riiumilité. Tandis que l'hérésie est toujours à genoux aux pieds des troncs, implorant un lambeau de pourpre pour la couvrir et une épée pour la défendre , la doctrine catholique, saintement fière de sa divine origine, ne se présente debout devant les trônes cjue pour leur prêcher les vérités les plus importunes et les devoirs les plus durs. Enfin, tandis que les églises hérétiques ou schismatiques s'en vont partout mendiant la protection des hommes, l'Église véritable ne demande à Dieu que la liberté...

« Mais, comme à la fin du dernier siècle, l'Église catholique avait vu , au nom et par les apôtres de la liberté, emprisonner ses pontifes, disperser ses ministres, détruire ses autels, profaner ses temples, usurper ses biens, abolir ses cloîtres, discréditer, mutiler ses doctrines, ses lois, son culte, ses institutions; enfin, comme, à cette époque funeste, la liberté marcha toujours en compagnie du blasphème et du sacrilège, l'Église commença à la considérer comme l'ennemie nécessaire, irréconciliable de la vraie religion, et les vrais fidèles ne pouvaient entendre son nom sans frémir, ne croyaient pouvoir le prononcer sans crime.

« Au contraire, comme à la même époque,

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l'autel était tombé sous les coups de la même hache qui avait démoli le trône, l'idée qu'ils ne pouvaient se relever qu'unis prévalut : et c'est pourquoi le trône et Vautel inspirèrent un commun intérêt et se trouvèrent unis dans l'esprit, dans le cœur et dans la houche de tous les gens de bien; et comme une triste expérience avait prouvé que le trône ne pouvait rien sans l'autel, on commença à croire que l'autel ne pouvait rien non plus sans le trône : et c'est pourquoi le trône fut considéré non seulement comme l'appui nécessaire de l'ordre politique , mais encore de l'ordre religieux.

« Ces idées étaient devenues générales en Europe... Mais c'étaitlà faire, d'une religion divine, une institution humaine, qui ne peut rien sans l'appui de l'homme. C'était abandonner la foi, la morale, le culte, l'Église à l'arbitraire du pouvoir civil qui, sous prétexte d'en être le protecteur, n'aurait pas manqué de s'en faire le pontife; et il est prouvé que l'Église a eu plus souvent à se plaindre de ses protecteurs que de ses persécuteurs.

« Combien n'était-il pas nécessaire de faire sentir au peuple que le pouvoir civil qui étend la main sur la religion, en faisant semblant de la protéger, la domine et en la dominant l'an-

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mile ot la dégrade, et que la vraie relig'ioii ne peut subsister qu'à l'ombre et à la faveur de la liberté... (VGonnell répétait souvent que rien ne lui avait été plus difficile que de jîersuader au clergé que la religion ne devait, ne pouvait être victorieuse qu'à la faveur de la liberté.

« Il ne manqua pas, au commencement, d'esprits d'une piété faible ou d'une hypocrisie maligne qui, en entendant un langage si nouveau dans la bouche du jeune O'Connoll, se laissèrent aller à la défiance , et le traduisirent au tribunal de l'opinion publique comme étant un esprit sans discrétion , faussé par la philosophie du dix-huitième siècle, ou comme un dangereux émissaire chargé d'inoculer à l'Irlande les doctrines anarchiques de la révolution française, en un mot comme un sectaire (1). »

(1) Le père Ventura prononça cette oraison funèbre à Saint- Pierre de Rome les 28 et 30 juin 1847. Le Pape Pie L\ lut le discours et voulut qu'il fût imprimé. En envoyant le permis d'imprimer, le président de la censure écrivait à l'auteur : « De même que ce fut pour moi une grande satisfaction d'approuver la bénédiction de votre dernière prédication faite à Saint-Pierre, sans écouterles préventions de quelques personnes ou trop simples ou trop animées d'un zèle malentendu; ainsi et beaucoup i)lus encore, il m'est agréable aujourd'hui d'approuver léloge funèbre que vous avez fait du célèbre O'Connell; parce que j'estime un tel éloge non seulement comme très éloquent, mais encore comme propre à redresser beaucoup d'idées et à faire un grand bien. »

Le premier ii" de l Avenir parut le 10 octobre 1830 (1). Il était précédé d'un ^<. prospectus » dans lequel les rédacteurs exposaient leur programme : « La majorité des Français veut sa religion et sa liberté, disaient-ils. Nul ordre stable ne serait possible, si elles étaient considérées comme ennemies. Car les deux principales forces morales, qui existent dans la société, ne sauraient se trouver dans un état de lutte, sans qu'il en résultât une cause permanente de divisions et de bouleversements. De leur union naturelle, nécessaire, dépend donc le salut de l'avenir.

« Mais, pour atteindre ce but, il reste beaucoup de préjugés à vaincre, de passions à calmer. D'une part, des hommes sincèrement relig'ieux ne sont pas encore entrés ou n'entrent qu'avec peine dans les doctrines de liberté. D'une autre part, des amis ardents de la li-

(1) Le plus récent et peut-être le plus complet historien de cette phase si intéressante de l'Église de France est le R. P. Lecanuet, prêtre de l'Oratoire, dans son beau livre « Monlalembert, sa jeunesse, 1810-1836».

berté n'envisagent qu'avec une sombre défiance la religion que professent vingt-cinq millions de Français. Cet état de choses est Findicc d'un désordre profond, dont l'origine remonte à une époque antérieure.

« Le despotisme, qui, sous Louis XIV, fut définitivement constitué dans l'État, s'étendit aussi sur l'Église. Une théologie servile, détruisant l'ancienne notion du pouvoir et de l'obéissance, présenta la volonté du prince comme la source de tous les droits. Elle plaça l'arbitraire sous l'égide sacrée de la religion, et n'offrit aux peuples d'autre ressource, contre les plus monstrueux abus de la force, qu'une résignation éternelle. Ces principes une fois posés, leurs conséquences, se développant graduellement, s'organisèrent en un vaste système de servitude, en même temps que les sentiments d'honneur, de légitime indépendance, s'affaiblissaient rapidement sous l'empire de semblables doctrines, et voilà comment les hommes qui confondaient, avec le catholicisme, une théologie bâtarde qui l'altérait, furent conduits, par cette illusion fatale, cl former, au nom même de la religion, un parti antipathique à toutes les idées de progrès et de liberté.

« Il en résulta aussi que tous ceux qui ne

pouvaient supporter un pouvoir arbitraire, et chez lesquels prévalait ce besoin indestructible de liberté qui est propre aux nations chrétiennes, se détachèrent du catholicisme qui ne leur semblait être que l'allié du pouvoir despotique. Delà des préventions, des haines terribles, dont nous voyons encore les effets.

« Telle fut, parmi nous, la cause première de ce divorce apparent du catholicisme et de la liberté. Le moment est venu de travailler avec succès à rétablir, dans les esprits, leur union troublée passagèrement par de funestes préjugés...

{( La force de la religion est dans la conscience des peuples, et non dans l'appui des gouvernements. Elle ne redoute, de la part de ceux-ci, que leur dangereuse protection : car le bras qui s'étend pour la défendre s'efforce presque toujours de l'asservir. Qu'a-t-elle à craindre d'une législation qui consacrerait toutes les libertés publiques?...

« Que les ruines du passé, que les secousses du présent ne découragent pas nos efforts. Portons nos regards et plus haut et plus loin. L'anarchie intellectuelle et morale, en descendant dans les régions inférieures de la société, y entretient durant un temps plus ou moins long.

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une discorde effrayante; mais dans la région supérieure, là où se forment les doctrines qui, à la longue, deviennent les opinions delà foule, les préjugés se dissipent, les esprits se rapprochent en s'éclairant : comme en un jour d'orage, tandis que des nuées menaçantes s'entrechoquent à la surface de la terre ébranlée, on découvre au delà, dans les hauteurs de l'atmosphère, des signes lointains de sérénité. »

Le but des rédacteurs de V Avenu' était donc la réconciliation de la religion et de la liberté; pour l'atteindre, ils acceptaient résolument le pouvoir nouveau, et ils se plaçaient sur le terrain de la Charte. Ils n'inféodèrent pas l'Église à la monarchie de Juillet; ils se rallièrent au gouvernement établi, et ils dégagèrent l'Église des liens dans lesquels auraient voulu la retenir ceux qui ne voyaient le salut et la défense des intérêts religieux que dans un retour à un passé mort pour toujours. Ils consacrèrent à cette tâche un zèle, une ardeur, une éloquence incomparables, et, malgré les audaces téméraires que nous aurons à leur reprocher, on ne peut s'empêcher de saluer avec émotion ces hommes qui revendiquèrent les droits de l'Église avec une énergie et une fierté qui devraient être, pour les catholiques d'aujourd'hui, un encouragement

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et un exemple. Ah ! ils n'étaient ni des endormis, ni des timides, ni des pleureurs, les rédacteurs de C Avenir; ils ne se croisaient pas les bras en disant : « Il n'y a rien à faire, attendons des temps meilleurs, attendons la chute d'un régime qui nous refuse la liberté après nous l'avoir promise; » non, ils luttaient sur le terrain constitutionnel avec les armes que leur donnait la loi fondamentale du pays; ils parlaient haut et clair un langage accessible à tous, et leur voix alla réveiller dans bien des âmes des espérances que l'on croyait évanouies pour jamais ! « On a répété souvent un mot, qui méritait en effet de faire fortune : on a dit que l'histoire du journal V Avenir, c'était le roman de la presse. Rien de plus vrai, car rien n'est plus attachant, plus pathétique dans l'histoire du journalisme, que la courte et brillante destinée de cette feuille si nouvelle, si originale, si vivante, dégagée si vigoureusement et si complètement de l'esprit des anciens partis, uniquement vouée à la défense des plus grandes et des plus nobles idées de foi religieuse, de justice sociale, et de liberté politique, rédigée avec tant de zèle et d'amour sous l'inspiration d'un écrivain de génie tel que LaMennais, qui était pour ses collaborateurs plus qu'un maître consulté et

obéi, mais un père adoré par toute une pléiade de jeunes gens pleins d'enthousiasme et de talent, où brillaient des étoiles de première grandeur comme Lacordaire et Montalembert, ces noms déjà couronnés des feux naissants de la gloire (1). »

Oui, r Avenir est un roman, mais un roman de chevalerie dont les personnages bien réels et pleins de vie donnent et reçoivent de larges coups d'épée dans la lice où ils sont descendus pour faire triompher la plus noble et la plus sainte des causes.

V Avenir réclamait « lajouissance effective et pleine de toutes les libertés qu'on ne peut légitimement ravir à aucun homme, la liberté religieuse, la liberté d'éducation, et, dans l'ordre civil et politique, celles d'où dépendent la sûreté des personnes et des propriétés, avec la liberté de la presse, qui, ne l'oublions pas, est la plus forte garantie de toutes les autres. » M. de La Mennais, auteur du premier article, ajoutait : « Souhaiter autre chose, c'est souhaiter l'oppression de l'Éghseetla ruine de la foi... Saisissonsnous donc avec empressement de la portion de liberté que les lois nous accordent, et usons-en

(I)M. Spuller, Lamennais, livre II, ch. v.

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pour obtenir toute celle qui nous est due , si on nous la refusait. Il ne s'agit pas de s'isoler, et de s'ensevelir lâchement dans une indolence stupide. Catholiques, apprenons à réclamer, à défendre nos droits, qui sont les droits de tous les Français, les droits de quiconque a résolu de ne ployer sous aucun joug, de repousser toute servitude, à quelque titre qu'elle se présente et de quelque nom qu'on la désigne. On est libre quand on veut l'être ; on est libre quand on sait s'unir et combattre, et mourir plutôt que de céder la moindre portion de ce qui seul donne du prix à la vie humaine. Il y a des choses du temps, soumises à ces inévitables vicissitudes, il y a des choses éternelles : ne les confondons point. Dans le grand naufrage du passé, tournons nos regards vers l'avenir, car il sera pour nous tel que nous le ferons. Rallions-nous franchement, complètement à tout pouvoir qui maintiendra l'ordre et se légitimera par la justice et le respect du droit de tous. »

Pour l'Avenir, la séparation de l'Église et de l'Etat et l'anéantissement du Gallicanisme, étaient les meilleurs moyens de conquérir la liberté religieuse pleine et entière.

Les collaborateurs de M. de La Mennaisne se contentèrent pas de parler, ils agirent; ils fon-

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dèrentune Agcnco (jénih-ali' pour hi tU-fense de la liberté religienae dont le but était de s'opposer, par les moyens légaux, à toutes les entreprises dirig'ées contre la liberté religieuse et d'aider les catholiques dans la revendication de leurs droits.

L'Avenir en se ralliant à la monarchie de Juillet n'avait pas promis, tant s'en faut, d'approuver tous les actes du gouvernement ; il se proposait, au contraire, et il tint parole, de protester avec la plus grande énergie contre les violations de la liberté religieuse : « Qu'on le sache bien, avait dit M. de La Mennais, si, dans l'entrainement dune passion aveugle, qui que ce soit osait tenter de nous imposer des fers, nous avons juré de les briser sur sa tête. »

Les occasions ne manquèrent pas ; nous allons en rappeler quelques-unes avant d'entrer dans l'exposition des doctrines.

Le 31 décembre 1830 le sous-préfet d'Âix écrivit la lettre suivante au supérieur des capucins de cette ville :

« Monsieui-,

« Je crol-.j devoir vous donner avis que la gendarmerie de cette résidence vient de recevoir de

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M. le lieutenant général baron Delort, commandant la 8' division militaire, l'ordre d'arrêter, de jour et de nuit, tout individu revêtu du costume de capucin, qui sera rencontré par elle.

« L'ordre porte que ces individus seront conduits par-devant le procureur du Roi le plus voisin, comme mendiants et vagabonds s'ils sont Français, ou qu'ils seront escortés jusqu'aux frontières s'ils sont étrangers.

« Je verrais avec plaisir, Monsieur, que reconnaissant vous-même ce qu'a d'illégal et de contraire aux mœurs de notre époque la réunion dont vous faites partie, vous prissiez des mesures promptes pour éviter à la gendarmerie Texécution de l'ordre qui lui a été donné.

« Le sous-préfet d'Aix, « Chave. »

Le supérieur des capucins répondit:

« Monsieur le sous-préfet,

« J'ai l'honneur de vous remercier de l'avis officieux que vous avez voulu me donner.

« N'étant pas militaire et ayant passé l'âge

de la garde nationale, je ne vois pas comment M. le lieutenant général baron Delort aurait inspection sur mon costume et le droit de me mettre aux arrêts s'il lui déplaît.

« Prêtre catholique, mes fonctions et mon habit ne dépendent que de mon évcque.

« Citoyen français, j'ai le droit de vivre libre, de me vêtir comme il me plait, d'aller et de venir de jour et de nuit quand bon me semble.

« Domicilié et contribuable, je ne suis ni mendiant, ni vagabond, et l'autorité me doit protection et secours, bien loin de pouvoir m'arrête r.

« Des lois de sang et de terreur ont été jadis portées contre les religieux catholiques.

V Ces lois, réprouvées par l'humanité et la raison publique , étaient tombées en désuétude et dans l'oubli longtemps avant que la Charte de 1814 les abrogeât par son article 6, et la nouvelle Charte n'a sans doute pas voulu restreindre les libertés les plus naturelles et les plus innocentes, celle de vivre en commun dans la retraite et la prière.

« La cour royale d'Aix a fait justice des tracasseries qu'avaient suscitées à mes compagnons et à moi quelques autorités de Charles [X, et un militaire n'a sans doute pas le pouvoir de

sabrer un arrêt souverain qui nous déclare inaltaqual)les.

«... Nous méprisons l'argent et jamais il n'en passe par nos mains. Voilà peut-être, Monsieur le sous-préfet, ce que notre réunion a de con- Iraire aux mœurs de notre époque. Nous sommes neuf dont deux plus que sexagénaires. Ce rassemblement est apparemment moins redoutable que ceux de juillet, d'octobre et de décembre, et si Ton a fait à tout un ministère un crime capital de mettre Paris en état de siège au moment d'une insurrection et d'opposer la force à la force, un simple officier général aurait-il le droit de faire peser cet état de siège sur notre demeure et de lancer la force armée sur des bommes tellement inoffensifs, que leur nom en est passé en proverbe.

« En renonçant au monde, je n'ai abjuré ni les droits ni les sentiments de citoyen français. C'est un devoir pour tous de résister à l'oppression illégale, et si la violence matérielle attentait de quelque manière que ce fût à ma liberté, je réclamerais hautement, et avec toute la publicité que notre gouvernement constitutionnel comporte, le secours des lois et des magistrats. Je me réclamerais de vous. Monsieur le souspréfet et votre réputation de justice éclairée

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mcst un sûr garant que vous ne me refuseiicz pas la protection et le secours dus à tout honnête citoyen.

u J'ai riionneur d'être... etc.,

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