CE QUE PEUT ET DOIT FAIRE L'ÉTAT
« Toutefois, il n’est pas douteux que, pour obtenir le résultat voulu, ïl ne faille de plus recourir aux moyens humains... Or, quelle part
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d’action et de remède sommes-nous en droit d'attendre de L'État >? La question est ciaire- : ment posée. On sait combien elle a passionné les esprits dans ces derniers temps, et quelles controyérses :CNSP'ammscitées Met Vaicairet de Jésus-Christ va donner la réponse doctrinale, pleine, sage, discrète. Espérons que tousl’entendront et sauront la mettre à profit. Analysons avec soin la parole pontificale. Les principes les plus élevés, les règles générales et particulières, les applications pratiques, le pape ne néglige rien, et pour bien se pénétrer de sa doctrine, il ne suffit pas de l’envisager dans tel ou tel détail, il faut la prendre dans son ensemble, il faut la suivre fidèlement dans ses déductions, il faut s'inspirer de son esprit. Léon XIII commence par nous dire ce qu’il entend par Étar « CES tout gouvernement qui répond aux préceptes de la raison naturelle et des enseignements divins », enseignements qui ont été particulièrement exposés dans l’Encyclique sur la constitution chrétienne des sociétés, à laquelle, par conséquent, il sera bon de recourir. Je ne ferai que signaler à cet égard l’interprétation fantaisiste d’un écrivain bien intentionné, à coup sûr, mais peu éclairé, d’après laquelle à peu près tous les gouvernements modernes qui conforment trop peu leur conduite aux lois naturelles et chrétiennes, sont par
cela même déchus de leur fonction dans la matière présente. C’est là une conclusion extrême qui ne sera acceptée par aucun philosophe sérieux. Hélas ! on n’a pas les gouvernement:
qu’on veut : nousen faisons la triste expérience. Toutes les fois que leurs prescriptions sont en désaccord avec la loi morale, elles n’ont aucune force obligatoire ; suit-il de là que, si apostats qu’on les suppose et qu'ils soient en réalité, ils n'aient pas le droit d'assurer la paix publique et de maintenir la justice P L’indignité de la personne ne supprime pas le devoir de la fonction ; on irait loin, très loin, avec un pareil système. Ce quiest vrai, ce qui est de prudence élémentaire, c'est qu'avec des gouvernements de cette sorte, il faudra, tout en reconnaissant leurs droits, qui sont avant tout les droits de l’ordre social à conserver, et en les rappelant à la vérité de leur mission, se tenir sur ses gardes, et user d’une légitime méfiance.
MaBlardit, :Léfpave entrét dans IBMétaitiCe qu'il demande d’abord, aux gouvernements, « c’est, (qu'on pèse ces paroles), un concours d'ordre général, qui consiste dans l’économi tout entière des lois et des institutions; Nous voulons dire qu'ils doivent faire en sorte que, de l’organisation même et du gouvernement de la société, découle spontanément et sans effort la prospérité tant publique que privée ». Cet
enseignement dans lequel on entend toute la tradition chrétienne, et qui est tout particulièrement un résumé substantiel de la doctrine de saint Thomas, est de la plus haute importance. Léon XIIT est pénétré de la vraie conception sociale. Pour lui la société n’est pas un agrégat d’atomes humains, livrés autant que possible à la liberté de leurs caprices et de leur égoïsme, suivant la théorie libéraie, ni une sorte de mécanisme artificiel, dont les rouages, ingénieusement agencés, se meuvent sur une impulsion brutale venue du dehors ; elle est un organisme vivant : elle en a la merveilleuse complexité, la diversité des fonctions, l’unité dans la variété, la délicatesse et la souplesse en même temps que la force et la puissance. L'Etat n’est pas, comme On l’a Vif un jour dans mumnaccesidé fièvre oratoire, «un mal nécessaire », tout au contraire, 1l est le servitéeur.de Dieutpour lé bien, minister Dei in bonum. C’est mutiler son rôle qué de le réduire à n'être qu'un gendarme, « un veilleur de nuit » : ildoit être aussi un élément, un agent de progrès, le promoteur actif et intelligent du bien social, suivant le mot même de saint Thomas : wisif de promotione sollicitus (1). |
1. Tout le chapitre XV du livre 1e° du De Regimine Principum est à lire avec la plus grande attention.
æTébest, en effet, poursuit le pape, l'office de la prudence civile et le devoir propre de ceux qui gouvernent ». L’'Encyclique, après avoir énuméré les principaux éléments de la prospérité sociale à laquelle l'État doit concourir, ajoute: « De même il (l État) peut grandement améliorer le sort de la classe ouvrière, et cela dans toute la rigueur de son droit, et sans avoir à redouter le reproche d’ingérence ; car en vertu de son office, l'Etat doit servir l'intérêt commun. Et il est évident que plus se multiplient les avantages de ceite action d'ordre général, et moins on aura besoin de recourir à d'autres exbédients pour remédier à la condition des travailleurs ». Quelle sagesse et comme elle est vérifiée par la grande expérience de l'histoire. À un #aximum d’organisation sociale, correspondra un 7%inimuim d'intervention directe de l’État, et à un minimum
d'organisation sociale NEspOnsE un maximum d'intervention de l'État : c’est là une loi sociale aussi sûre que la loi physique de la chute des corps.
Une considération spéciale et qui atteint plus profondément le sujet, commande à l'Etat de « prendre les mesures voulues pour sauvegarder le salut et les intérêts de la classe ouvrière ». Il y a là un devoir de stricte justice. Le devoir qui pour les gouvernants domine tous
les autres « consiste à avoir soin également de toutes les classes de citoyens en obsérvant.
rigoureusement les lois de la justice dite dtstributive ». Sans doute, l'autorité publique doit surtout veiller sur les biens d’ordre moral et favoriser ceuxlqui travaillent directement et d’une manière plus excellente au bien commun dans la conduite de la chose publique, dans l'administration de la justice, dans la défense du pays; mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs dont l'usage (dit saint Thomas) est requis à l’exercice de la vertu ». C’est à cette richesse matérielle que contribue immédiatement, par son activité, l’ouvrier des champs ou de l'usine. « L'équité demande donc que l’État se préoccupe des travailleurs et fasse en sorte que de tous les biens qu'ils procurent à la société, il leur en revienne une part convenable, comme l'habitation et le vêtement, et qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines et de privations ». On le voit, il y a là de la part'de l'Etat une action à exercer, non pas accidentelle, exceptionnelle, mais régulière; permanente!
atteignant le résultat voulu par.le jeu habituel des divers organismes sociaux. | Cette action de l'État, le pape veut le noter, ne va pas à l’absorption de l'individu et dela
famille : « Il est juSte que l’un et l’autre aient la faculté d'agir avec liberté aussi longtemps que cela n’atteint pas le bien général et ne fait injure à personne : « Suam utrique faculltatem agendi cum libertate permittere œquum est, quantum incolumi bono communi et sine cujusquam injuria potest.
Voilà un principe qu’il ne faut jamais perdre de vue. Entre l’Étatet l'individu et la famille, il n'y a pas antagonisme, il y a coopération : les forces de l'individu et des groupes particuliers se développent grâce à l’ordre garanti par le pouvoir social, etleur puissance d'expansion est secondée par l'impulsion qu'elles en reçoivent.
Voici un autre principe qui doit présider à la solution des problèmes délicats et complexes soulevés par la question de l'intervention du POuVOLr € 1s1//80it les Apiérêts généraux, SOI l'intérêt d’une classe en particulier, se trouvent ou lésés, ou simplement menacés, et qu'il soit impossible d'y remédier ou d’y obvier autrement, il faudra de toute nécessité recourir à l'autorité publique ». Cette parole pontificale juge souverainement la doctrine du Zaïssez faire, laissez passer, et elle s'adresse aussi à ceux qui,en pareille matière,un peu trop séduits par l’individualisme, voudraient resserrer outre mesure l'autorité et l’action du pouvoir social. Il
yaiciune juste mesure à garder; Le pape, après en avoir posé le principe, l’applique en descendant du plus général aux cas les plus pratiques. Le maintien de l’ordre et de la paix, la vie domestique réglée d’après les commandements de Dieu etles principes de la loi naturelle ; la religion observée et honorée ; les mœurs privées et publiques florissantes, la justice religieusement gardée, de telle Sorte que jamais tune classe ne puisse opprimer l’autre impunément; l'économie de la vie sociale organisée de manière «qu'il croisse de robustes générations, capables d'être le soutien et, s’il le faut, le rempart de la patrie», voilà ce qui, au dire du Souverain Pontife, « importe au salut public et privé »; dès lors, je veux ici citer textuellement, « s’il arrive que les ouvriers, abandonnant le travail ou le suspendant parles grèves, menacent la tranquillité publique; que les liens naturels de la famille se relâchent parmi les travailleurs, qu’on foule aux pieds la religion des ouvriers, en ne leur facilitant point l’accomplissement de leurs devoirs envers Dieu, que la promiscuité des sexes ou d’autres excitations au vice constituent dans les usines un péril pour la moralité ; que Les patrons écrasent les travailleurs sous le poids de fardeaux iniques, ou déshonorent en eux la personne humaine par des conditions indignes et dégradan-
tes; qu’ils attentent à leur santé par un travail excessif et hors de proportion avec leur âge et leur sexe; dans fous les cas, il faut absolument appliquer, dans de certaines limites, Za forceet l'autorité des lois; les limites seront déterminées parla fin même qui appelle le secours deslois:c'est-à-dire que celles-ci ne doivent pas s'avancer ni rien entreprendre au delà de ce qui * est nécessaire pour réprimer les abus et écarter les dangers». Je voudrais bien savoir ce qu'ont dit de plus les sociologues catholiques qu’on a appelés d’un nom assez barbare, interventionnistes, et que plusieurs, avec de bonnes intentions, j'en suis persuadé, mais très injustement, et sans bien se rendre compte de la portée des termes, qualifiaient de socialistes d'État. Je dé. fie que, soit dans les discours de M. le comte de Mun et des orateurs les plus considérables du Congrès de Liège, soit dans les articles des principaux rédacteurs de l’Association catholique, on trouve dépassée la limite tracée par l'Encyclique : on serait plutôt resté en decà. Mais s’il ne faut pas outrer la parole du pape, il ne faut non plus la diminuer et l’atténuer à tel point qu’elle ne reste plus qu’une banalité vide sans signification précise.
On fera bien aussi de ne pas perdre de vue l’enseignement suivant du pape. L'État doit protéger tous les droits. « Toutefois il doit se