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préoccuper d’une manière spéciale des faibles et des indigents. La classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à couvert des injustices, compte surtout sur la protection de l'État. Que l'État se fasse donc, à un titre tout particulier, la providence des travailleurs, qui appartiennent à la classe pauvre en général ». Quocirca mercenarios, cum in multitudine cgena numerentur, debet cura providentiaque singulari complecti respublica.
Ce n'est pas que le pape défenseur des droits des travailleurs, veuille en quoi que ce soit faire la moindre concession aux passions de la foule. Cern’est pas:lui qui recherchéra jamais une popularité malsaine én caressant et en flattant les convoitises des masses. Il le proclame très haut: le devoir de l'État est de mettre un frein aux excitations des meneurs,. de prévenir les grèves, en en supprimant les causes morales et économiques, — et quel meïilleur moyen pour atteindre ce but, qu'une prudente législation et une sage organisation du travail ? — de protéger les propriétés privées contre les attaques et les violences. Mais, le pape le sait, pour résister avec plus d’autorité aux passions, pour mieux dissiper les illusions trompeuses dont se leurre l’ouvrier, il faut com-
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mencer par faire droit à ses légitimes revendications, et ici la parole du Souverain Pontife devient plus pressante et plus précise.
Pouvrier a une/äme, 1 a wapCorps, ia un I0yer, une fammle, une vie dSOutenir ét à entretenir; au pouvoir public de lui garantir, au besoin par la vigueur des lois, la jouissance pleine et pacifique de tous ces biens.
Avant tout, l’ouvrier est une âme : les droits de sa conscience, ses intérêts religieux doivent être en première ligne protégés par l'État. Le dimanche qui est le jour de Dieu, est aussi le jour du peuple ; et le repos du dimanche, sanctifié par la prière, et où, près de Dieu à l’Église, près des siens,au foyer domestique, le travailleur reprend conscience de sa dignité, se rappelle, sent qu’il est un chrétien, un homme, est lé moyen par excellente de mélèvement et d’affranchissement pour l’ouvrier. Qui porte atteinte au repos du dimanche est un ennemi du peuple, est homicide de l’âme populaire.
La loi doit ici intervenir pour arracher à l’asservissement d'un travailimpie l’ouvrier exploité par une industrie sans pitié.
Mais l’ouvrier est aussi un organisme physique. On n’a pas le droit de le traiter comme une machine ou comme une bête. « Exiger une somme de travail, qui, en émoussant toutes les facultés de l’âme, écrase le corps et en consume
les forces jusqu’à l'épuisement, c'est une conduite que ne peuvent tolérer ni la justice, ni l'humanité ». Ici, il faut lire et relire avec la plus grande attention le texte même de l’'EncyiChquetous les/mots péitent. Létpape n'entre pas sans doute dans tous les détails de l’application pratique. La journée normale de travail dépend de mille circonstances. Mais il est une durée maxima —.même pour l'adulte, — on sé rappelle le débat qui, sur ce point, s'était élevé entre catholiques, — qu’on ne saurait dépasser sans manquer aux lois de la justice et de l’Aumanitle. Si Léon XIII nése prononce pas pour les ‘#rois-huit, mesure trop infléxible, ‘qui appelle beaucoup de distinctions, oserait-on dire qu’on est fidèle à l’esprit de l’Encyclique en passant condamnation sur les journées de treize, quatorze heures et au delà ?
Le travail des femmes etdes enfants, doit, àun titre tout particulier, être l’objet de la sollicitude du pouvoir. « L’enfant ne doit entrer à l’usine qu'après que l’âge aura développé en lui les forces physiques, intellectuelles et morales » : agir autrement c’est faire dévorer en herbe, ..par le feu de la cupidité, la moisson riche de toutes les promesses. De même, «il est des travaux moins adaptés à la femme, que la nature destine plutôt aux ouvrages domestiques ». Le travail de nuit compte à coup sûr parmi ces
travaux contraires à la nature de la femme, et destructeurs du foyer. Qu'on n’allègue pas en pareille matière les prétendus intérêts de l’industrie. L'industrie est faite pour l’homme. elle n’est pas une sorte de Moloch auquel on puisse sacrifier la personne humaine et la famille.
Tout ce qui se fait à l’encontre de ces droits et de ces intérêts primordiaux, est nul de soi. « Le droit au repos de chaque jour ainsi quela cessation du travail le jour du Seigneur doivent être la condition expresse ou tacite detout contrat passé entre patrons et ouvriers. Là où cette condition n’entrerait pas, le contrat ne serait pas honnête, car nul ne peut exiger ou permettre la violation des devoirs del’hommeenvers Dieu et envers lui-même ».
Enfin l’ouvrier a une vie à réparer, à entretenir : de là la grave et délicate question du salaire. On connaît les controverses récemment soulevées à cet égard. Nous avonsentendu dire que «le juste salaire correspondant aux besoins est une nouveauté » (1), que « le juste salaire c’est le salaire qui est conforme à l’usage des lieux, et quand vous, patron, vous avez payé le salaire qui est conforme à l’usage des lieux, en justice, vous êtes quitte ; vous avez fait, au
1. Paroles de M. Méry au Congrès de Liège. — Cf. Congrès de Liège de 1890, p. 123.
| Se. + point de vue de la justice, ce que vous deviez faire. On ne peut rien vous demander de plus.
Voiläffdonc 'cetaquet\le justetéalaire. 10e n’est pas autre chose »(r). Cette théorie a été
vivement défendue en divers écrits et en diverses Revues, par les RR. PP. Caudron et Forbes de la Compagnie de Jésus, par M. l'abbé On-
clair, et par l'école d'Économie sociale catholique, dont Mgr Freppel est le président, contre les’ RR. PP. Liberatore, Lehmkhul, de Ia Compagnie de Jésus, le cardinal Manning, le comte Kuefstein, l'abbé Pottier, professeur de théologie morale au grand séminaire de Liège, eticontre d'école dontilé’comte dé Mun'estie représentant autorisé à la Chambre française, et qui a pour principal organe en France l’Association catholique. Et lorsque les tenants de cette école. parlaient d'un minimum de salaire qui devait suffire aux besoins ordinaïres d’un ouvrier honnête, et de la fixation légale, si cela était nécessaire, de ce minimum, de graves économistes, professeurs dans les universités catholiques, comme M. Rambaud, à Lyon, et M. Claudio Jannet, à Paris, haussaient les épaules, et souriaient de pitié en entendant de pareilles bévues, — le mot a été dit, — économiques. Après l'Encyclique pareille