‹ L'église et la question socialeChapitre 18 sur 42 · Civitta catholica, 1851, vol. VII, p · texte numérisé non relu

Civitta catholica, 1851, vol. VII, p

naissent avec la destination de mourir de faim; tous les non-possédant doivent vivre ou de leurs fatigues ou aux dépens d'autrui. Que linvalide soit entretenu de cette façon, un petit nombre aura le courage aujourd’hui de le nier ; mais pour l’homme valide, n’ayant d’autre trésor que ses bras, il est clair qu’il doit vivre de ses bras. De 1à découle une oi fondamentale pour fixer les valeurs socialesy»(1). Qu'on ne l’oublie jamais. Ici le contrat ne fait pas la justice, mais la justice doit gouverner le contrat. Et qu’on n’allègue pas le consentement de l’ouvrier. Le pape vous répondrait :

« Que si, contraint par la nécessité, ou poussé pat la crainte d’un mal plus grand, il accepte des conditions dures que d’ailleurs il ne lui était pas loisible de refuser, parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l’offre du travail, c’est là subir une violence, contre laquelle la justice proteste ». Istud quidem est subire vim, cui justitia reclamat. Ce minimum de salaire, minimum suffisant à l’entretien de l’ouvrier sobre et honnête, est donc une question de justice, non de charité et de bienfaisance; c’est là un point qu’il n’est plus permis à des catholiques de contester. Croit-on, me permettra-t-on d’ajou-

19 Op. tés 7, vol. VIIL p: 20.

tés, qu'on entre vraiment dans la pensée du Saint-Père, en passant sous silence, ou en atténuant, au point de la rendre méconnaissable, cette partie spéciale de ses enseignements.

Le pape n’aborde pas directement la question du salaire familial. Mais si d’après l'Encyclique le salaire doit être tel qu'il permette à l’ouvrier dé mener une vie humaine, ne peuton pas en conclure que dans l’entretien suffisant du travailleur, il faut faire entrer, du moins dans une certaine mesure, ce qui peut l’aider à soutenir sa famille. C’est là la thèse défendue de nos jours avec une grande autorité par les théologiens et les philosophes les plus éminents.<« Le prix juste des choses, dit le P. Lehmkuhl dans la 6° édition de sa Thecologie morale, ouvrage devenu classique, dépend (entre autres éléments) du salaire des ouvriers dans les fabriques, lequel, à le considérer en lui-même, doit être tel que si le bénéfice final le permet, l’ouvrier en pleine possession de ses forces puisse s’entretenir lui et les siens selon sa condition, etmême meltre de côté une petite partie de $a: rémunération » )}1). Le savant jésuite ajoute : « Celui qui dans l’achat des matières premières, des machines, etc., a dû faire quelque dépense

1, Theok mor. NO, |part DORE D. IV-PAanc. 1e HAL2T,

imprévue et extraordinaire, ne ut pas, afin de réaliser le fort bénéfice habituel, abaisser 1e salaire au-dessous du #inimum juste ». Le P. Liberatore,ce vétéran de la Philosophie scolastique, écrit dans ses Principes d'Économie politique : « Le travail contient virtuellement pour l’ouvrier ce qui lui est nécessaire pour son entretien et celui de sa petite famille. Si donc il l’emploie au profit du patron, il convient que le patron lui rende l'équivalent, afin que l’égalité soit gardée dans la transaction : Justitia æqualitatem importat. Nous pouvons donc établir que le prix naturel du travail est celui qui, en tenant compte du léger appoint aporté par la femme presque entièrement absorbée parles soins du ménage, permet au travailleur:de suffire à son entretien, à celui de sa femme et de deux ou trois enfants. C’est là une #”oyenne : lexpérience en eflethapprendiique la moitié des nouveau-nés meuit avant de sortir de l’enfance. C’est à cette mesure que doit se conformérile salaire courant. S'il la’dépasse tant mieux... Si, au contraire, il reste au-dessous, le salaire ne répond plus aux intentions de la nature, et l'égalité réclamée par la justice est vio- 186 (1) Ecoutons un'\autre docte jésuite, le P. Nicolas Russo, professeur en Amérique: « La

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