‹ L'église et la question socialeChapitre 3 sur 42 · VINS RU · texte numérisé non relu

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universelle. Les mots doctrinam de fide vel moribus ont été choisis à dessein ; ils disent plus que les mots doctrinam fidei vel morum.

J'insiste sur ce point très important. Ces mots doctrinam de fide vel moribus sont des mot:

larges qui comprennent toute doctrine concernant la foi ou les mœurs, ayant trait à la foi ou aux mœurs, et, par conséquent, les doctrines même non révélées, mais nécessaires pour la conservation, l'explication et la défense des vérités révélées. |

«En. d'autrestérmes dit trebien.: Mer Sauvé, dans son bel ouvrage sur le Pape et le Concile du Vatican, il ne faut pas restreindre l’infaillibilité du pape aux seules vérités révélées, maïs il faut l’étendre aux vérités liées avec ces mêmes vérités et nécessaires pour la garde du dépôt de la foi. On doit donc distinguer deux sortes de décisions ex cathedra, et par là même infaillibles : les premières, quand le Pape définit des articles de foi, des dogmes à croire sous peine d’être séparé de l'Eglise, et les secondes, quand il définit des doctrines connexes aux vérités de.foi divine. Ce. qui revient à dire que l’infaillibilité papale, comme celle de l’Église, a deux objets, l’un premier et direct, l’autre secondaire et indirect. Dans sa lettre apostolique Gravissimas (11 décembre 1862), Pie IX enseigne que l’Église, en vertu

du pouvoir que Dieu Ha conféré, a non seulement le droit, mais le devoir de prescrire et de condamner toutes les erreurs, si l'intégrité de la foi et le salut déSâMmes le) demandent, etc. ». On peut être obligé de tenir, sous peine de péché, une doctrine enseignée par le pape, encore que la négation de cette doctrine ne soit pas une hérésie. | Revenons à la constitution Rerum novarum.

Est-elle un acte ex cathedra? Comment en douter? Le pape n’exerce-t:il pas dans ce document son office de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens ? Ne s’adresse-t-il pas solennellement à l'univers catholique? N’enseigne-t-il pas la vérité sur des points qui touchent étroitement à la loi morale? Réfutation du socialisme, doctrine sur la propriété, sur la fonction du pouvoir public, sur les principes de justice et d’équité qui doivent présider au contrat de travail, en ce qui touche l’Âme, la vie, la personne tout entière de l’ouvrier, lasuffisance du salaire, ne sont-ce pas là les points qui se rattachent immédiatement à la morale naturelle et chrétienne, dont le Vicaire de Jésus-Christ est le gardien, l'interprète et le vengeur? Dire que ces matières « d'ordre physique et purement mondain », échappent à la compétence du Souverain Pontife, c’est faire preuve à la fois d’une singulière légèreté et d’une profondeignorance,

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c’estne rien comprendre, ni à la nature des problèmes soulevés, qui, si, par leurs côtés extétieurs, ils touchent à nos intérêts terrestres, se fattachent par leurs racines à l’ordre moral, ni à l’autorité suprême du pape, qui a le droit de se prononcer sur les questions dans lesquelles est engagé l’ordre moral, doctrinam de fide vel moribus ab Universa Ecclesia tenendam defi- HP: |

Aussi bien Léon XIII s’explique-t-il à cet égard de la façon la plus claire. « Ce que, ditil, pour Ze bien de l'Église et Le salut commun des hommes. Nous avons fait ailleurs par Nos Lettres sur la souveraineté politique, la liberté humaine, la constitution chrétienne des États et sur d’autres sujets analogues, afin de réfuter selon qu’il nous semblait opportun, Îles opinions erronées et fallacieuses, Nous jugeons devoir le réitérer aujourd’huiet pour les mêmes motifs, en vous entretenant de la condition des OUTrIErs.

« Ce sujet, nous l’avons, suivant l’occasion, effleuré plusieurs fois; mais la conscience de Notre charge apostolique Nous fait un devoir de le traiter dans ces Lettres plus explicitement et plus amplement, afin de mettre en évidence les principes d'une solution conforme à la justice et à l'équité». Et plus loin : «C’est avec assurance que nous abordons ce sujet, et dans

toute la plénitude de notre droit; car la question qui s’agite est d'une nature telle qu'à moins de faire appel à la religion et à’ Église, il est impossible de lui trouver jamais une solution efficace ».

Le doute n’est donc pas possible; l’enseignement du pape sur les principes d'une solution, conforme à la justice et à l'équité, de la question sociale, constitue un enseignement ex cathedra, infaillible, s'imposant obligatoirement à la conscience de tout catholique. Il est clair que la même autorité ne s'attache pas aux faits allégués, aux arguments employés, aux méthodes proposées par le Souverain Pontife.

On serait, à coup sûr, irréfléchi, imprudent,ou téméraire, en les tenant pour non avenus et en les rejetant; cette prétention de substituer sa petite sagesse à la sagesse du pape mériterait d’être sévèrement jugée, mais on ne ferait pas, à proprement parler, acte d’insurrection contre sa suprême autorité doctrinale. Remarquons enfin que, si Léon XIII se prononce de la façon la plus nette sur les principes, il laisse largement ouvert à tous les efforts, à tous les essais, aux méthodes les plus variées, le champ immense des applications.

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