VUE GÉNÉRALE SUR L’ENCYCLIQUE
Jetons d’abord un coup-d'œil rapide sur la Constitution pontificale. Nous nous ferons ainsi une idée plus nette de cet harmonieux ensemble, de cette merveilleuse synthèse, et nous toucherons comme du doigt le lien vivant qui rattache les diverses parties les unes aux autres.
L'Encyclique comprend comme trois chapitres, précédés d’une Préface, et suivis d’une Conclusion. Dans la Préface, le pape signale la gravité de la question sociale, et en indique, en quelques mots très précis et qui vont à la racine des choses, les causes profondes.
Ce que j'ai appelé le premier chapitre est consacré à la réfutation de la solution proposée par le socialisme. Nuisible aux intérêts mêmes de l’ouvrier dont elle prétend améliorer le sort, la solution socialiste est en outre injuste parce qu’elle porte atteinte aux principes sur lesquels repose la propriété. SIelle parvénait à triompher, elle n’aboutirait qu’à porter la ruine dans la famille et le trouble dans la société. On remarquera tout spécialement dans cette partie la doctrine sur la propriété, sur ses titres, sur sa
fonction, doctrine d’une immense portée et qui faitégalement bonne justice de l’égoïsme de certains conservateurs qui méconnaissent les fins élevées et providentielles de la propriété, et: des utopies révolutionnaires des collectivistes. Le deuxième chapitre est consacré au rôle de l'Église. L'Église enseigne aux hommes à supporter les inégalités inévitables ; elle rapproche toutes les classes, en imposant à tous la pratique de la justice ; aux riches elle apprend à se servir de leurs richesses, aux pauvres à estimer le travail. Ses enseignements, elle a le moyen et la puissance de les faire passer dans la pratique ; pour s’en convaincre, il n’y a qu’à jeter un regard sur l’histoire. Le passé dit à tous ce que pourra être l'avenir, sion donne pleine liberté à l’Église d’exercer son action sociale. Mais, sethâte d'ajouter Le pape, ét c'est l’objet de la troisième partie, « il: m'est pas douteux que, pour obtenir le résultat conclu, il ne faille de plus recourir aux moyens humains ». Loin de les repousser, l'Église fait appel à tous les concours. Ici le pape examine, au long et dans le détail, la part d’action et de remède que nous sommes en droit d'attendre de l'Etat. Léon XIII n’est pas plussocialiste d’État qu'il n’est socialiste collectiviste ; mais il estime que l'État, cette force vivante et publique, ministre de Dieu pourle bien,— minister Dei in
bonum, — ne sauraitse désintéresser de laques- ‘tion sociale, dans laquelle sont engagés lesintérêts les plus vitaux de l'individu, de la famille, du corps social tout entier.
‘O1 on veut échapper à l’ingérence importune de l’État, il faut avoir recours aux corporations et aux associations professionnelles. Le pape, dans la dernière partie de son Encyclique, s’étend avec complaisance sut cette question capitale du régime corporatif. Il en esquisse à grands traits les lignes générales, et expose avec une très grande lucidité les principes généraux qui doivent présider à son organisation et à son fonctionnement.
Enfin Léon XIII conclue tout ce magistral enseignement, en faisant appel, avec l’autorité qui lui appartient, au concours de tous : gouvernements, maîtres, ouvriers, associations, et 1l rappelle que « la première condition à réätia ser, c’est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles même les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires résultats.
Après le regard jeté sur l’ensemble de l’Encyclique, nous pouvons aborder l'étude plus détaillée de chacune des parties qui la composent. |
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