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98 ENCYCLIQUE L Hoi. OA: L'OSNNSER e 7 GR, OS devoirs mutuels, et, avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l’ouvrier : il doit fournirintégralement et fidèlement tout le travail auquel il s’est engagé par contrat libre et conforme à l'équité ; ilne doit point léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne ; ses revendications mêmes doivent être exemptes de violences et ne jamais revêtir la forme de séditions ; il doit fuir les hommes pervers qui, dans des discours artificieux, lui suggèrent des espérances exagérées et lui font de grandes promesses, qui n’aboutissent qu’à de stériles regrets et à la ruine des fortunes. -— Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter Pouvrier en esclave; il est juste qu'ils respectent en lui la dignité de l’homme, relevée encore par celle du chrétien. Le travail du corps, au témoignage commun de la raison et de la philosophie chrétienne, loin d’être un sujet de honte, fait honneur à l’homme, parce qu’il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce qui est honteux et inhumain, c’est d’user de l’homme comme d’un vil instrument de lucre, de ne l’estimer qu’en proportion de la vigueur de ses bras. — Le christianisme, en outre, prescrit qu’il soit tenu compte des intérêts spirituels de l’ouvrier et du bien de son âme. Aux maîtres il revient de veiller qu’il ysoit donné pleine satisfaction; que l’ouvrier ne soit point livré à la séduction et aux sollicitations corruptrices ; que rien ne vienne affaiblir en lui l’esprit de famille, ni les habitudes d'économie. Défense encore aux maîtres d’imposer àleurs subordonnés un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur âge ou leur sexe, | | Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au
pieiier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. Assurément, pour fixer la juste mesuredu salaire, ily a de nombreux points de vue à considérer; mais, d’une manière générale, que le riche et le patron se souviennent qu’exploiter la pauvreté et la misère, et spéculer sur l’indigence sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines. Ce qui serait un crime à crier vengeance au ciel, serait defrustrer quelqu’un du prix de ses labeurs : Voilà que le salaire que vous avez déroté par fraude à vos ouvriers crie
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contre vous, et que leur clameur est montée jusqu’ aux oreilles du Dieu des. armées (Jac. v, 4) (1).
Enfin les riches doivent s’interdire list tout acte violent, toute fraude, toute manœuvre usuraire qui serait de nature à porter atteinte à l'épargne du pauvre, et cela d’autant plus que celui-ci est moins apte à se défendre, et que son avoir, pour être de mince importance, revêt un caractère plus sacré.
3. — L'obéissance à ces lois, nous le demandons, ne suffraitelle. pas à elle seule pour faire cesser tout antagonisme et en supprimer les causes ? L’Eglise toutefois, instruite et dirigée par Jésus-Christ, porte ses vues encore plus haut ; elle propose un corps de préceptes plus complet, parce qu’elle ambitionne de resserrer l’union des deux classes jusqu’à les unir l'une à l’autre par les liens d’une véritable amité. — Nul ne saurait avoir une intelligence vraie de la vie mortelle, ni l’estimer à sa juste valeur, s’il ne s'élève jusqu’à la considération de cette autre vie qui est immortelle. Supprimez celle-ci, et aussitôt toute forme et toute vraie notion de l’honnête disparaît; bien plus, l’univers entier devient un impénétrable mystère.
Quand nous aurons quitté cette vie, alors seulement nous commencerons à vivre ;- cette vérité, que la nature elle-même nous enseigne, est un dogme chrétien sur lequel repose, comme sur son premier fondement, toute l’économie de la religion. Non, Dieu ne nous a point fait pour ces choses fragiles et caduques, mais pour les choses célestes et éternelles ; ce n'est point comme une demeure fixe qu'il nous a donné cette terre, maïs comme un lieu ‘d’exil, Que vous abondiez en richesses et en tout ce qui est réputé biens de la fortune, ou que vous en soyez privé, cela n’importe nullement à l’éternelle béatitude ; l’usage que vous en ferez, voilà ce quiintéresse. Jésus-Christ n’a point supprimé les afflictions, qui forment presque toute la trame de la vie mortelle ; il en a fait des stimulants de la vertu et des sources du mérite ; en
x. Ecce merces operariorum.. quæ fraudata est a vobis clamnat : el clamor eorum in aures
Domini Sabaoth introivit.
sorte qu’il n’est point d homme qui puisse prétendre aux récompenses éternelles s’il ne marche sur les traces sanglantes de Jésus Christ. Sz nous souffrons avec lui, nous règnerons avec lui (1). D'ail-
leurs, en choisissant de lui-même la croix et les tourments, ilena
singulièrement adouci la force et l’amertume, et, afin de nous rendre encore la souffrance plus supportable, à l’exemple il a
ajouté sa grâce et la promesse d’une récompense sans fin. Car le
moment si court et si lèger des afflictions que nous souffrons en cetle . vie produit en nous le poids éternel d’une gloire souveraine el incomparable (2). Ainsi, les fortunés de ce monde sont avertis que les richesses ne les mettent pas à couvert de la douleur, qu’elles ne sont d’aucune utilité pour la vie éternelle, mais plutôt un obstacle (3) ; qu’ils doivent trembler devant les menaces inusitées que Jésus-Christ profère contre les riches (4) ; qu’enfin, il viendra un jour où ils devront rendre à Dieu, leur juge, un compte très rigoureux de l’usage qu’ils auront fait de leur fortune.
Sur l’usage des richesses, voici l’enseignement d’une excellence et d’une importance extrême que la philosophie a pu ébaucher, mais qu’il appartenait à l’Egiise de nous donner dans sa perfection et de faire descendre de la connaïssance à la pratique. Le fondement de cette doctrine est dans la distinction entre la juste possession des richesses et leur usage légitime. La propriété privée, nous l’avons vu plus haut, est pour l’homme de droit naturel (s); l’exercice de ce droit est chose non seulement permise, surtout à qui vit en société, mais encore absolument nécessaire. Maintenant, si l’on demande en quoi il faut faire consister l’usage des biens,
l'Eglise répond sans hésitation : Sous cerapport, l’homme ne doit pas
tenir les choses extérieures pour privées, mais bien pour communes, de
1, 9? sustinebimus et conregnabimus. IT Tim. 11, 12.
2. Id enim quod in præsenti est momentaneum et leve iribulationis nostre supra modum in sublimitate æternæ glorie pondus operatur in nobis. I Ccr. 1v, 17.