Quod superest, date eleemosynam. Luc, x
‘4. Deatius est magis dare quam accipere. Actor. xx, 35.
S. Quamdiu fecisiis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis, Math., xxv, 40.
l’art de goiverner, qu'il s'applique avec soir à en partager avec son frère et l'exercice et les fruits » (1).
Quant aux déshérités de la fortune, ils apprennent de l'Eglise que, selon le jugement de Dieu lui-même, la pauvreté n’est pas un opprobre et qu’il ne faut pas rougir de devoir gagner son pain à la sueur de son front. C’est ce que Jésus-Christ Notre Seigneur a confirmé par son exemple, lui qui, tout riche qu’il était, s'est fait indigent (2) pour le salut des hommes; qui, fils de Dieu et Dieu lui-même, a voulu passer aux yeux du monde pour le fils d'un artisan ; quiestallé jusqu’à consumer une grande partie de sa vie dans un travail mercenaire (3).
Quiconque tiendra sous son regard le modèle divin comprendra plus facilement ce que Nous allons dire : que la vraie dignité de l'homme et son excellence réside dans ses mœurs, c’est-à-dire dans sa vertu ; que la vertu est le patrimoine commun des mortels, à la portée de tous, des petits et des grands, des pauvres et des riches, que seuls la vertu et les mérites, n’importe en quel suj:t ils se trouvent, obtiendront la récompense de l’éternelle béatitude. Bien plus, c’est vers les classes infortunées que le Cœur de Dieu semble s’incliner davantage. Jésus-Christ appelle les pauvres des bienheureux (4); il invite avec amour à venir à lui, afin qu'il les console, tous ceux qui souffrent et qui pleurent (s); il embrasse avec une charité plus tendre les petits et les opprimés. Ces doctrines sont bien faites sans nul doute pour humilier l'âme hautaine du riche et le rendre plus condescendant, pour relever le courage de ceux qui souffrent et leur inspirer de la résignation. Avec elle se trouverait diminué un abîme cher à l’orgueil, et l’on obtiendrait sans peine que des deux côtés on se donne la main et que les volontés s’unissent. dans une même amitié.
1, S, Greg. Mazn. In Evazg. Hom. IX, n. 7.
2 Cor. Nr 9, Egenus faclus est cum esset dives. 3. Nonne bic es fabe”, filius Mariz? Marc. vi, 3. 4. Matth. v,3. Beuli pauperes spiritu.
s. Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis.
NDITION DES OUVRIERS 103
Mais c’est encore trop peu de la simple amitié : si l’on obéit aux préceptes du christianisme, c’est dans V’amour fraternel que à opèrera l’union. De part et d'autre, on saura et l’on comprendra que les hommes sont tous absolument issus de Dieu, leur père . commun ; que Dieu est leur unique et commune fin, et que lui seul est ile de communiquer aux anges et aux hommes une | félicité parfaite et absolue ; que tous ils ont été également rachetés par Jésus-Christ et ris par lui dans leur dignité d’enfants de Dieu, et qu’ainsi un véritable lien de fraternité les unit, soit entre eux, soit au Christ leur Seigneur, qui est le premier-né de beaucoup de frères, primogenitus in multis fratribus. Ils sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les trésors de la grâce appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain, et qu’il n’y a que les indignes qui soient déshérités des biens célestes. Si vous êtes fils, vous êles aussi héritiers : héritiers de Dieu, cohériliers de Jésus-Christ (1).
Telle est l’économie des droits et des devoirs ‘qu ‘enseigne la philosophie chrétienne. Ne verrait-on pas l’apaisement se faire à bref délai, si ces enseignements pouvaient une fois prévaloir dans les sociétés ?
4. — Cependant l'Eglise ne se contente pas d'indiquer la voie qui mène au salut, elle y conduit et applique de sa propre main le remède au mal. Elle est tout entière à instruire et à élever les hommes d’après ses principes et sa doctrine, dont elle a soin de répandre les eaux vivifiantes aussi loin et aussi largement quil lui est possible, par le ministère des évêques et du clergé. Puis elle s'efforce de pénétrer dans les âmes et d'obtenir des volontés qu’elles se laissent conduire et gouverner par la règle des préceptes divins. Ce point est capital et d’une importance très grande, parce qu’il renferme comme le résumé de tous les intérêts qui sont en cause, et ici l’action de l'Eglise est souveraine. Les instruments dont elle dispose pour toucher les âmes, elle les a reçus à cette fin
1. Si autem filii, et heredes : heredes quidem Di, coheredes autem Christi. Rom. vi,
de Jésus-Christ, et ils portent en eux l'efficacité d’une vertu divine. Ce sont les seuls qui soient aptes à pénétrer jusque dans les profondeurs du cœur humain, qui soient capables d’amener l’homme à obéir aux injonctions du devoir, à maîtriser ses passions, à aimer Dieu et son prochain d’une charité sans mesure, à briser courageusement tous les obstacles qui entravent sa marche dans la voie de la vertu.
Il suffit ici de passer légèrement en revue par la pensée les exempies de l'antiquité. Les choses et les faits que nous allons rappeler sont hors de toute controverse, Ainsi, il n’est pas douteux que la société civile des hommes a été foncièrement renouvelée par les institutions chrétiennes ; que cette rénovation a eu pour effet de relever leniveau’ du genre humain, ou, pour mieux dire, de le rappeler de lamort àla vie, et de le porter à un:si haut degréde perfection, qu’on n’en vitde semblable ni avant niaprès, et qu’on n’en verra jamais dans tout le cours des siècles. Qu’enfin ces bienfaits, c’est Jésus-Christ qui ena été le principe et quien doit être la fin; car, de même que tout est parti de lui, ainsi tout doit lui être rapporté. Quand donc l'Evangile eut rayonné dans le monde, quand les peuples eurent appris le grand mystère de l’incarnation du Verbe er de la rédemption des hommes, la vie de Jésus-Christ, Dieu et homme, envahit les sociétés et les imprégn1 tout entières de sa foi, de ses maximes et de ses lois. C’est pourquoi, sila société humaine doit être guérie, elle ne le sera que par le retour à la vie ‘et aux institutions du christianisme. À qui veut régénérer une société quelconque en décadence, on prescrit avec raison de la ramener à ses origines. Car la perfection de toute société consiste à poursuivre et à atteindre la fin en vue de laquelle elle a été fondée ; en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du même principe d'ouest née la société. Aussi, s'écarter de la fin, c’est aller à la mort ; y revenir c’est reprendre de la vie. Et ce que nous disons du corps social tout entier s’applique également à cette classe de citoyens qui vivent de leur travail et qui forment la très grande majorité. à
$. — Et que l’on ne pense pas que l'Eglise se laisse tellement
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absorber par le soin des âmes, qu'elle néglige ce qui se rapporte à la vie terrestre et mortelle. Pour ce qui est en particulier de la:
classe des travailleurs, elle fait tous les efforts pour les arracher à la misère etleur procurer un sort meilleur. Et certes, ce n’est pas
un faible appoint qu’elle apporte à cette œuvre, par le fait seul qu’elle travaille, de paroles et d’actes, à ramener les hommes à la vertu. Les mœurs chrétiennes, dès qu’elles sont en honneur, exercent naturellement sur la prospérité temporelle leur part de bienfaisante influence; car elles attirent la faveur de Dieu, principe et source de tout bien; elles compriment le désir excessif des richesses et la soif des voluptés, ces deux fléaux qui trop souvent jette l’amertume et le dégoût dans le sein même de l’opulence (1) ; elles se contentent enfin d’une vie et d’une nourriture frugales, et suppléent par l’économie à la modicité du revenu, loin de ces vices qui consument non seulement les petites, mais les plus grandes fortunes et dissipent les plus gros patrimoines. L'Eglise, en outre, pourvoit encore directement au bonheur des classes déshéritées, par la fondation et le soutien d'institutions qu’elle estime propres à soulager leur misère; et même en ce genre de bienfaits elle a tellement excellé, que ses propres ennemis ont fait son éloge.
Ainsi chez les premiers chrétiens, telle était la vertu de leur charité mutuelle, qu’il n'était point rare de voir les plus riches se
dépouiller de leur patrimoine en faveur des pauvres; aussi l'indi-
gence n’était-elle point connue parmi eux (2). Aux diacres, dont l’ordre avait été spécialement institué à cette fin, les Apôtres avaient confié la distribution quotidienne des aumônes ; et saint Paul luimême, quoique absorbé par une sollicitude qui embrassait toutes les Églises, n'hésitait pas à entreprendre de pénibles voyages pour aller en personne porter des secours aux chrétiens indigents. Des secours du même genre étaient spontanément offerts par les fidèles dans chacune de leurs assemblées ; ce que Tertullien appelle les dépôts de la piélé, parce qu’on les employait à entretenir et à in-
1. Radix omnium malorum est cupiditas. 1 Tim. vr, 10. 2, Act. 1V, 34. Neque... quisquaim egens erat inter sllos,
humer les personnes indigentes, les orphelins pauvres des deux sexes, les eue âgés, les victimes du naufrage (1). — Voilà comment peu à peu s’est formé ce patrimoine, que l’Église a toujours gardé avec un soin religieux comme le bien propre de la famille des pauvres. Elle est allée jusqu’à assurer des secours aux malheureux, en leur éparonant l’humiliation de tendre la main. Car cette commune mère des riches et des pauvres, profitant des merveilleux élans de charité qu’elle avait partout provoqués, fonda des sociétés religieuses et une foule d’autres institutions utiles, qui ne devaient laisser sans soulagement à peu près aucun genre de misère. Il est, sans doute, un certain nombre d’hommes aujourd’hui qui, fidèles échos des païens d’autrefois, en viennent jusqu'à se faire même, d’une charité aussi merveilleuse, une arme pour attaquer l’Église; et l’on a vu une bienfaisance établie par les lois civiles se substituer à la charité chrétienne ; mais cette charité, qui se voue tout entière et sans arrière-pensée à l’utilité du prochain, ne peut être suppléée par aucune industrie humaine. L'Église seule possède cette vertu, parce qu’on ne la puise que dans le Cœur Sacré de Jésus-Christ, et que c’est errer loin de Jésus-Christ que d’être <oigse de son Église.
IV. — Toutefois, il n’est pas douteux que, pour obtenir le résul-
tat voulu, il ne faille de plus recourir aux moyens humaïns. Aïnsi tous ceux que la cause regarde doivent viser au même but et travailler de concert chacun dans sa sphère. Il v a là comme une image de la Providence gouvernant le monde ; car nous voyons d'ordinaire que les faits et les évènements qui dépendent de causes diverses sont la résultante de leur action commune.
1. — Or, quelle part d'action et de renède sommes-nous en droit d'attendre de l'Etat ? Disons d’abord que par Etat nous
entendons ici non pont tel gouvernement établi chez tel peuple
en particulier, mais tout gouvernement qui répond aux préceptes de la raison naturelle et des enseignements divins, enseignements que Nous avons exposés Nous-même spécialement dans Nos Lettres Encycliques sur la constitution chrétienne des sociétés.