‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 101 sur 373 · FOUGUEUSE HARANGUE DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

FOUGUEUSE HARANGUE DE MIRABEAU

fut rappelé à la modération par Pétion, et dépassa du premier coup, en fait d'arbitraire, les disciples de Rousseau les plus exagérés. Le ton de son discours, qui parfois est déclamatoire à l'excès, indique qu'il était dans une sorte d'excitation fiévreuse. Son exorde est à la fois habile et véhément : « Tandis que de toutes parts, dit-il, les ennemis de la liberté publique nous accusent d'avoir juré la perte de la religion, je me lève en ce moment pour vous conjurer, au nom de la patrie, de soutenir de toute la force dont la nation vous a revêtus, cette religion menacée par ses propres ministres, et qui ne chancelle jamais que sous les coups dont l'orgueil et le fanatisme des prêtres l'ont trop souvent outragée. » C'est la pensée mère de son discours. Les ennemis de la religion, par leurs intrigues, compromettent la cause qu'ils prétendent défendre; ils voudraient pousser l'Assemblée, par leurs résistances, à attaquer le fond même de cette divine religion, « afin que votre chute dans l'impiété vous imprime un caractère odieux, et semble intéresser la piété des peuples à la dispersion des législateurs de qui la France attendait sa régénération. Ils veulent charger la religion du soin de vous punir et de les venger. Ils savent à quels dangers ils l'exposent, mais ils en ont fait le sacrifice. Ils sont résolus à lui faire courir tous les hasards de ce choc terrible, et à la voir s'écrouler sur ses antiques fondements, pourvu qu'en tombant elle enveloppe dans ses ruines vos lois et la liberté. » Mirabeau réfutait tout d'abord l'objection que l'on faisait aux nouvelles juridictions épiscopales en se fondant sur l'indépendance de l'Eglise dans ses premiersàges. «N'étantni reçue par l'Etat, ni entretenue sur ses fonds, quelle merveille que les empereurs païens aient laissé cette institution se régir dans son indivisibilité, suivant des maximes qui ne pouvaient pas avoir d'effets publics? Le sacerdoce entièrement détaché du régime social et dans son état de nullité politique, pouvait, du sein des cavernes où il avait construit ses sanctuaires, régler sans exciter nulle sensation ces limites et ces démarcations qui ne signifiaient plus que le partage des soins apostoliques. Alors ces ouvriers austères et infatigables ne connaissaient d'autre source de leur frugale subsistance que les aumônes de ceux qui

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