FOUGUEUSE HARANGUE 1)E MIRABEAU. H
employaient leur ministère. » Comment ce grand esprit ne voyait-il pas, au milieu des inextricables difficultés dans lesquelles se débattait la Révolution, que cette première condition du christianisme, si bien caractérisée par lui, pouvait seule assurer la liberté et la paix, et enlever aux partis leur arme la plus redoutable? Pour cela, il n'était point nécessaire de revenir aux catacombes; il suffisait de ne pas constituer un clergé fonctionnaire et salarié. Mais l'heure de la calme réflexion était passée, et Mirabeau n'était préoccupé que du désir de briser des résistances qui l'irritaient. L'Assemblée lui semble avoir assez fait pour la religion en lui accordant une large subvention et des hommages extérieurs, comme si la meilleure marque de respect envers elle n'est pas la liberté. « C'est au moment, dit-il, avec une admirable éloquence, où nous confessons à la face de toutes les nations et de tous les siècles que Dieu est aussi nécessaire que la liberté au peuple français; c'est ce moment que nos évêques ont choisi pour nous dénoncer comme violateurs des droits de la religion. » S'il était vrai que la religion était aussi nécessaire au peuple français que la liberté, que ne la laissait-on libre ellemême dans son domaine au lieu de prétendre la réglementer? Mirabeau eut le tort sur la question des juridictions de se lancer dans des distinctions théologiques dans lesquelles il fut facile à Maury de l'embarrasser. Il se retrouva tout entier dans la partie de son discours où il traita du nouveau mode d'élection pour les charges ecclésiastiques. Il fut magnifique et terrible en rappelant aux prélats de cour par quelles voies honteuses ils étaient trop souvent arrivés à leurs dignités ecclésiastiques, et en leur demandant s'ils avaient bien le droit de s'indigner d'un mode d'élection qui épurerait l'épiscopat et empêcherait qu'il fût à la merci d'une intrigue de palais : « Je ne veux point, disait-il, retracer cette iniquité publique et scandaleuse qui repoussait loin des dignités du sanctuaire la portion saine et laborieuse de l'ordre ecclésiastique, qui faisait ruisseler dans le sein de l'oisiveté et de l'ignorance tous les trésors de la religion et des pauvres, et qui couronnait de la tiare sacrée des fronts couverts du mépris public et flétris de l'empreinte de tous ies vices. » Il