‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 104 sur 373 · PREMIER EFFET DU DÉCRET SUR LE SERMENT. U · texte numérisé non relu

PREMIER EFFET DU DÉCRET SUR LE SERMENT. U

supprimer de plein droit les chaires épiscopales, vous agissez tout à la fois en pontifes, en magistrats; et, si Ton disait à cent lieues de Paris, qu'il existe dans le royaume une puissance assez forte pour être en même temps juge, pontife et législateur, on ne soupçonnerait pas que ce fût en France, mais dans le sérail de Constantinople. » Sur la fin de son discours, Maury termina une apologie ampoulée des prêtres qui avaient résisté aux décrets par ce mot profond et vrai : « Prenez-y garde, il n'est pas bon de faire des martyrs. » Même dans cette bouche provoquante, le conseil était salutaire, la Révolution ne devait que trop tôt s'en apercevoir. L'ajournement demandé n'avait pas d'ennemis plus implacable que le janséniste Camus, car en l'écartant il servait ses convictions les plus chères et ses passions les plus vives. C'était pour lui la meilleure occasion de fouler aux pieds les prétentions de l'ultramontanisme, et d'abattre dans la poudre ce pouvoir papal dont sa secte avait eu tant à souffrir. Aussi, son discours fut-il comme un traité de théologie plein d'âpreté, mais en même temps de vigueur. Il produisit une grande impression quand il rappela les paroles par lesquelles saint Augustin se déclare prêt à résigner ses charges ecclésiastiques pour la paix de l'Eglise, et quand il pressa les évêques opposants de suivre ce grand exemple. L'Assemblée l'applaudit avec transport, et malgré l'impuissant effort de Cazalès, le décret sur le serment fut voté le samedi soir, 27 novembre , date fatale dans l'histoire de la Révolution, car elle consomma le divorce entre la France nouvelle et la religion, prépara les plus grands orages, et précéda les mesures les plus violentes. La statue de la Liberté était bien décidément voilée, selon la fameuse image de Montesquieu, et Ton devait apprendre, par de cruelles expériences, qu'on ne fonde pas le régime du droit par l'arbitraire.

Le décret du 27 novembre produisit immédiatement une immense agitation dans le pays. La presse révolutionnaire le suspendit comme un glaive sur l'Eglise de France et se plut à en aiguiser encore le tranchant. Le roi, qui avait jusqu'alors espéré concilier ses devoirs de souverain et sa conscience de catholique, se vit réduit à une de ces positions désespérées où tous les partis

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