PERPLEXITÉ DU ROI
à prendre sont également funestes, où la résistance semble aussi impossible que les concessions. Sanctionner le décret, c'était rompre avec Rome; user du droit de veto, c'était braver la Révolution triomphante. Le malheureux prince était donc placé entre l'excommunication et la déposition. L'Assemblée l'avait réduit à Pextrémité, tout en ébranlant de la manière la plus grave l'édifice constitutionnel qu'elle élevait à ce moment même. Le veto royâl fut, comme on le sait, le ferment des terribles émeutes qui éclatèrent l'année suivante et aboutirent au 10 août et au jugement du prince. Ainsi ce fut la dictature assumée par l'Assemblée dans les questions religieuses qui inaugura la crise sanglante où la grande victime sacrifiée fut après tout la liberté , avilie et supprimée par tant d'attentats. Il est certain que dès l'automne de 1790, Louis XVI désespéra de se réconcilier avec la Révolution et forma un premier projet de fuite sur l'instigation de M. d'Agoult, évêque de Pamiers. Il entra en pourparlers avec le marquis de Bouillé, et c'est au mois de novembre qu'il prit la résolution de recourir aux armes étrangères. Le 3 décembre, il adressa une lettre au roi de Prusse dans laquelle il réclamait ouvertement son secours contre les factieux qui voulaient détruire les restes de la monarchie *. C'est alors que le roi entra bien involontairement dans cette voie de duplicité dont sa nature honnête l'eût détourné si son caractère eût eu une trempe plus ferme. La ruse est la ressource des faibles et des indécis. S'il eut tort de tromper l'Assemblée, il ne faut pas oublier qu'il avait été réduit à la dernière extrémité et poursuivi jusque dans le dernier abri de sa conscience. On ne lui laissa point de trêve qu'il n'eût sanctionné le décret du 27 novembre ; on ne s'arrêta ni à ses réserves ni à ses promesses. Par deux fois le président de l'Assemblée lui apporta d'impérieuses sommations rendues plus dures encore par les discours qui les avaient précédées. Camus déclara ouvertement qu'en face des résistances opiniâtres d'une partie du clergé, la force devait intervenir 2. C'était demander
1. Voir les Mémoires de Louis de Bouillé, p. 17, v. 32. — Voir Bûchez et Roux, Histoire parlementaire , Vlll, p. 172.