‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 107 sur 373 · Bâchez et Roux, Histoire parlementaire, VIII, p · texte numérisé non relu

Bâchez et Roux, Histoire parlementaire, VIII, p

s. ibid., p. m.

i-48 SCÈNE PATHÉTIQUE A L AS SEMBLÉE .

les interpellations ardentes se croisaient et il n'y avait d'égal aux colères de la gauche que l'indignation passionnée de la droite. Les paroles de modération n'étaient pas même entendues. On écartait de part et d'autre tout ce qui pouvait atténuer le conflit. En vain dans la séance du 27 décembre 4790, Grégoire essaya de dissiper les scrupules que soulevait la constitution civile du clergé en affirmant que l'Assemblée n'avait voulu porter aucune atteinte au dogme , à la hiérarchie du chef de l'Eglise. Il ne persuada que ceux qui étaient déjà de son avis et il ne fut suivi que par quelques curés. L'insertion de son discours au procès-verbal n'eut aucune influence sur les opposants qui pensaient avec raison qu'une opinion individuelle , quelque respectable qu'elle fût, ne changeait pas la nature des choses et que l'explication d'un député ne saurait prévaloir sur le vote formel d'une assemblée. Grégoire ne fut pas plus heureux quand dans la séance du A janvier après les refus persistants d'une partie considérable des députés du clergé, il essaya d'affaiblir la portée du serment en affirmant que l'Assemblée ne jugeait pas les consciences et ne réclamait pas un assentiment intérieur, mais simplement l'obéissance à la loi. L'évêque de Lydda eut beau ajouter qu'il était persuadé que l'Assemblée nationale ne voulait pas empiéter sur la juridiction spirituelle ; il recueillit les applaudissements de la gauche, mais l'attitude du haut clergé n'en fut que plus ferme et plus décidée. Dès le 2 janvier l'évêque de Clermont avait apporté à la tribune une protestation modérée dans sa forme, les violents murmures qui couvrirent sa voix lui donnèrent bien plus de portée que s'il eût pu l'achever. « Il n'y a plus d'assemblée, » s'écria le député Foucault, indigné des violences de la majorité. Après les plus orageuses altercations il fut arrêté que nul opposant n'aurait le droit de développer ses motifs à la tribune et qu'on prêterait le serment pur et simple. L'évêque de Clermont répondit à cette sommation par cette parole : « Je ne puis en conscience. » Des cris de fureur l'arrêtèrent. Cependant le non possumus de la conscience violentée allait avoir un immense écho et il était plus facile de passer à l'ordre du jour sur un tel incident au sein de l'Assemblée que dans le pays.

SCÈXE PATHÉTIQUE A L'ASSEMBLÉE. U9

Le soir même l'évêque de Clermont publiait dans une brochure le serment restrictif qu'il n'avait pu développer à la tribune. Violemment interpellé à la séance du lendemain, il répondit par cette belle parole que devraient méditer tous ceux qui voient un attentat aux mœurs publiques dans un refus de serment : a On se reprochera toujours d'avoir infligé une peine à un homme qui a refusé de prêter le serment. C'est lui dire : Quoi que vous dise votre conscience, prêtez votre serment. » Pour en finir avec ces lenteurs Barnave demanda que le délai accordé par le décret aux ecclésiastiques fonctionnaires publics, membres de l'Assemblée, ne fut pas prorogé au delà du lendemain, et que le refus de serment fût considéré comme équivalant à une démission. Gazalès ne put que retarder le vote de quelques instants par un discours éloquent où il se bornait à demander que Ton ne hâtât pas à ce point les mesures répressives, car réclamer le serment avant la réponse du pape, c'était mettre d'honorables citoyens dans l'alternative d'être impies ou rebelles. « La religion et l'honneur, ajoute-t-il, ont toujours été une digue puissante contre le despotisme de toutes les espèces. » Nulle digue ne pouvait plus arrêter la révolution en fureur. On put s'en apercevoir quand, sur l'observation de l'orateur, que l'Assemblée, en agissant avec rigueur, serait forcée de destituer peut-être soixante ou quatre-vingts de ses membres, on entendit plusieurs voix s'écrier : « Tant mieux ! » Le soir même, une affiche placardée sur les murs de Paris, au nom de la municipalité et qui était censée reproduire le décret du 30 novembre, étendait l'obligation du serment à tous les ecclésiastiques, qu'ils fussent ou non fonctionnaires, et déclarait perturbateurs du repos public tous ceux qui le refuseraient. C'était tout simplement un faux. Quand il fut dénoncé avec une juste indignation par Mirabeau, qui rappela que l'Assemblée n'avait jamais pensé rendre ce serment obligatoire en lui-même, mais simplement déclarer le refus de serment incompatible avec telles fonctions, Bailly expliqua ce fait par une erreur de copiste. Au fond, le copiste ne s'était trompé que de date, car la passion populaire n'admettait point la distinction de Mirabeau et elle

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