‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 108 sur 373 · SCÈNE PATHÉTIQUE A L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE PATHÉTIQUE A L'ASSEMBLÉE

devait entraîner bientôt la représentation nationale. On ne prit pas en considération la proposition de Malouet de rechercher le coupable, mais on accepta sur-le-champ celle de Barnave de sommer les ecclésiastiques de l'Assemblée de venir prêter le serment à la tribune, sous peine de destitution. L'impatience de la majorité était telle qu'elle repoussa tout ce qui pouvait faciliter l'exécution de ses propres décrets, et qu'elle alla jusqu'à refuser l'insertion au procès-verbal des explications sur le serment de Grégoire et de Mirabeau. On eût dit qu'elle ne voulait laisser ouverte aucune porte, petite ou grande, qui permît aux représentants de l'ancienne France de rentrer dans la constitution. Elle visait ouvertement à les mettre hors la loi.

C'est le 4 janvier, à la séance du matin, que commença la grande scène du refus de serment. Ce fut comme la contre-partie de celle qui avait illustré à jamais la salle du Jeu de Paume. Il faut l'esprit de parti le plus sectaire pour en méconnaître la grandeur. Je sais que des passions politiques infiniment regrettables se mêlaient à cette noble résistance à un décret inique ; je sais qu'à la religion s'associaient la contre-révolution, le regret de l'ancien régime, de ses abus et de ses privilèges , mais il n'en est pas moins vrai que ce jour-là, malgré ce funeste et coupable mélange, la religion défendait ses droits et les sauvegardait par de grands sacrifices offerts au milieu des plus graves périls. En effet, l'effervescence populaire était portée au comble, entretenue par des libelles frénétiques. Au moment même où le président interpella les ecclésiastiques députés, on pouvait entendre dans le grand silence plein d'attente et d'anxiété qui se fit dans l'Assemblée, les vociférations de la multitude très disposée à montrer par des actes que pour elle la liberté se confondait avec son bon plaisir. Personne n'ayant répondu à l'interpellation du président, l'appel nominal commença. L'évêque d'Agen monta le premier à la tribune ; les rumeurs du dehors sont plus fortes et à peine a-t-il ouvert la bouche que plusieurs voix de la gauche s'écrient : « Point de paroles. Prêtez-vous le serment, oui ou non? *> L'évêque s'exprima avec calme et douceur : « Vous avez

Page 1