‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 109 sur 373 · SCÈNE PATHÉTIQUE A L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE PATHÉTIQUE A L'ASSEMBLÉE

fait une loi, dit-il; par l'article IV vous avez dit que les ecclésiastiques fonctionnaires publics prêtaient un serment dont vous avez décrété la formule ; par l'article V, que s'ils se refusaient à prêter ce serment, ils seraient déchus de leurs offices. Je ne donne aucun regret à ma place, aucun regret à ma fortune; j'en donnerais à la perte de votre estime que je veux mériter. Je vous prie donc d'agréer le témoignage de la peine que je ressens de ne pouvoir prêter le serment. » Le premier ecclésiastique appelé après l'évêque d'Agen est un simple curé, M. Fournés. 11 ne prononce que ces mots : « Je dirai avec la simplicité des premiers chrétiens : Je me fais gloire et honneur de suivre mon évêque, comme Laurent suivit son pasteur... » Décidément l'appel nominal tournait contre les intentions de l'Assemblée et ne servait qu'à donner plus d'éclat à la résistance. On revint aux interpellations collectives. On n'obtint qu'un seul serment pur et simple. Gazalès demandait qu'au moins l'Assemblée décrétât qu'elle n'avait pas voulu toucher au spirituel. « Elle n'y a pas touché et cela suffit, s'écria Mirabeau. » Ce dernier essai de conciliation fut ainsi brusquement écarté. L'évêque de Poitiers parla en ces termes: «J'ai soixante-dix ans, j'en ai passé trente-cinq dans l'épiscopat, où j'ai fait tout le bien que je pouvais faire. Accablé d'années, je ne veux pas déshonorer ma vieillesse, je ne veux pas prêter un serment... » Les murmures éclatent et l'évêque descend de la tribune en disant : « Je prendrai mon sort en pénitence. » Il fallait en finir, et ce fut encore Barnave qui eut le triste honneur de presser le dénoûment. On vota sur sa^ proposition que le président de l'Assemblée se retirerait vers le roi pour le prier de donner des ordres pour }a prompte et entière exécution du décret du 27 novembre envers les membres de l'Assemblée nationale, ecclésiastiques, fonctionnaires publics. Il est fâcheux que l'abbé Maury ait jugé bon de terminer cette grande lutte par une facétie ridicule, en demandant que le décret ne fût exécutoire que dans soixante ans. L'affaire du serment fut sans cesse ramenée devant l'Assemblée les jours suivants. Elle y revient comme une obsession; pour les uns, c'est un remords ; quelques ecclésiastiques qui se sont soumis au décret

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