‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 111 sur 373 · DÉCRET CONTRE LE REFUS DE SERMENT · texte numérisé non relu

DÉCRET CONTRE LE REFUS DE SERMENT

fait pour la liberté..., je demande, dis-je, que la liberté, que la sûreté publique et individuelle ne soit pas impunément outragée à cette tribune1. » Le décret réclamé par Barnave fut présenté par Chasset à la séance du lendemain. Il portait qu'après l'expiration du délai accordé par le décret du 18 décembre précédent aux fonctionnaires absents de France, il serait procédé au remplacement des fonctionnaires publics ecclésiastiques qui ne seraient pas présents et qui n'auraient pas prêté leur serment civique, comme à celui des autres ecclésiastiques qui n'auraient pas prêté le serment dans les délais fixés par la loi. Cazalès, plutôt pour honorer que pour empêcher la défaite de son parti, invoqua une dernière fois les droits de l'Eglise qu'un ajournement de la mise à exécution du décret du 28 novembre eût réservés en lui laissant le temps de recevoir la réponse et les directions de son seul chef légitime. Mais il suffisait de nommer le saint-père à la tribune pour soulever un tel tumulte que nulle voix ne réussissait à le dominer. Au milieu du feu croisé des interpellations on entendit l'abbé Maury dire à son parti : « Messieurs, laissez-vous faire, ce ne sera pas long... » «Nous avons besoin de ce décret, ajoutait-il en s'adressant à ses adversaires, encore deux ou trois comme cela et tout sera fini. » C'était déserter le terrain du droit pour le champ de bataille, où la raison appartient au plus fort; le bouillant abbé faisait payer très cher à sa cause ses incartades et ses défis bouffons. Quand Cazalès put être de nouveau écouté, il fit valoir des considérations bien dignes d'être mûrement pesées. Il insista sur les dangers de la scission religieuse qui se préparait. « Je dis que presque tous les évêques de France, et que les curés en grande partie croient que les principes de la religion leur défendent d'obéir à vos décrets; que cette persuasion se fortifie par la contradiction, et que ces principes sont d'un ordre supérieur à vos lois, que quand vous aurez chassé les évêques de leurs sièges et les curés de leurs presbytères pour vaincre cette résistance, vous ne l'aurez pas vaincue, vous serez au premier pas de la carrière de persécution

î . Séance du mardi 25 janvier 1791 .

15 i ADRESSE EXPLICATIVE DE LA CONSTITUTION CIVILE.

qui s'ouvre devant vous. » L'orateur présenta ensuite un saisissant tableau des conséquences du schisme et de la perturbation profonde qu'il devait causer dans les consciences. «Vous verrez, dit-il, les catholiques errant sur la surface de l'empire, suivre dans les cavernes, dans les déserts, leurs ministres persécutés, afin de recevoir d'eux des sacrements valides; alors dans tout le royaume les catholiques seront réduits au même état de misère et de persécution dans lequel les protestants avaient été plongés par la révocation de l'Edit de Nantes, de cet acte dont votre justice a été indignée et dont votre humanité a gémi. » Cazalès parla vraiment en homme d'Etat habile quand il montra tout le parti que l'esprit de faction, revêtu du masque de la religion, pourrait tirer de ces mesures violentes. « A supposer même que l'Eglise de France se trompât, il est des lois qui, bonnes en elles-mêmes, peuvent être funestes dans les circonstances où elles sont rendues. Si vos lois ne peuvent être exécutées sans violence, craignez des convulsions qui ensanglantent la France, » L'orateur terminait en déclarant au nom de son parti son inviolable attachement aux pasteurs reconnus par l'Eglise. Mirabeau se fit applaudir bruyamment à plusieurs reprises en disant que ceux qui présentaient d'aussi sinistres pronostics prenaient peut-être leurs vœux pour leurs espérances. Les événements prouvèrent bientôt que Cazalès n'avait été que trop bon prophète et que la Révolution n'était qu'au début des violences qui devaient la déshonorer et la compromettre.

En même temps que le décret du 26 janvier, l'Assemblée publia l'adresse explicative de la constitution civile du clergé dont elle avait confié la rédaction à son comité ecclésiastique. Elle espérait ainsi conjurer les effets fâcheux de l'opposition cléricale. Mirabeau avait présenté un projet qui fut très acclamé à une première lecture, mais qui ne fut pas accepté en définitive. On l'y retrouve tout entier avec son magnifique langage, parfois un peu déclamatoire, avec cette large compréhension des conditions de la liberté qui l'élève si haut au-dessus de tous les élèves de Rousseau, mais aussi avec ces faiblesses du tribun avide de popularité qui finit par suivre ceux qu'il devrait con-

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