PROJET DE MIRABEAU
duire. De là dans ce projet d'adresse la plus inconcevable contradiction. Mirabeau débute par un exposé de principe sur les relations de la religion avec l'Etat, si lumineux, si admirable que du premier coup il a trouvé la formule de l'avenir, pour conclure par une apologie de la constitution civile du clergé, inconséquente et même embarrassée toutes les fois qu'il ne la relève pas par un éclat de passion. C'est tout à fait le monstre d'Horace; il commence par la liberté pour aboutir au plus dangereux despotisme.
On comprend mieux cette étrange anomalie quand on se rend compte du plan de cette adresse. Dans la première partie, Mirabeau défend l'Assemblée de n'avoir pas proclamé contre les évêques une religion nationale. Dans la seconde partie, au contraire, il veut justifier les mesures prises pour réformer d'autorité l'Eglise de France, et il est inconséquent à son tour. C'est ainsi que dans cette lutte mémorable tout le monde a raison et tout le monde a tort tour à tour. Convenons néanmoins que de l'obscurité d'une situation aussi compliquée Mirabeau a su faire jaillir des éclairs magnifiques qui, par moments, illuminent tout l'horizon et permettent de pressentir les grandes solutions de l'avenir, Mirabeau n'était pas croyant, mais un instinct de son génie lui révélait l'indispensable union de la liberté et du christianisme. « La liberté, dit-il dès les premiers mots, la liberté qui vient du ciel aussi bien que notre foi, semble montrer en elle la compagne de son éternité et de sa divinité. » Il venge magnifiquement l'Assemblée d'avoir refusé de décréter explicitement que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion nationale. «Déclarer nationale la religion chrétienne eût été flétrir le caractère le plus intime et le plus essentiel du christianisme. En général, la religion n'est pas, elle ne peut être un rapport social, elle est un rapport de l'homme privé avec l'Être infini. » Voilà le véritable individualisme établi et formulé du premier coup ! a Gomprendriez-vous, continue Mirabeau, ce que l'on voudrait vous dire, si l'on vous parlait d'une conscience nationale? Eh bien! la religion n'est pas plus nationale que la conscience; car u» homme n'est pas véritablement religieux parce qu'il est de