MAGNIFIQUE DÉBUT
la religion d'une nation, et quand il n'y en aurait qu'une dans l'univers et que tous les hommes se seraient accordés pour la professer, il serait encore vrai que chacun d'eux n'aurait un sentiment sincère de religion qu'autant que chacun serait de la sienne, c'est-à-dire qu'autant qu'il suivrait encore cette religion universelle quand le genre humain viendrait à l'abjurer. On ne peut proclamer une religion nationale parce que la vérité ne se vote pas, et que d'ailleurs les hommes ne se touchant que par la superficie de leur être, ils demeurent isolés par la pensée et la conscience. Une peut y avoir de national dans un empire que des institutions établies pour produire des effetspolitiques, et la religion n'étant que la correspondance de la pensée et de la spiritualité de l'homme avec la pensée divine, avec l'esprit universel, il s'ensuit qu'elle ne peut prendre, sous ce rapport, aucune forme civile ou légale. » Si cela est vrai de la religion en général, cela l'est surtout du christianisme qui a la prétention d'être la religion absolue et universelle. Autant vaudrait déclarer que le soleil est l'astre delà nation française que de proclamer le christianisme la religion de la France. Ses vrais détracteurs sont ceux qui veulent ainsi l'enfermer entre les frontières d'un pays au lieu de le laisser comme le point de ralliement et le centre d'unité du genre humain posé par Dieu au milieu de l'univers. « C'est vous, dit Mirabeau aux évêques, c'est vous qui outragez la religion de nos pères! Vous voulez que, semblable à ces religions mensongères, nées de l'ignorance des hommes, accréditées par les dominateurs de la terre et confondues dans les institutions politiques comme un moyen d'oppression, elle soit déclarée la religion de la loi et des Césars. » La plus haute tradition du christianisme est contraire à ces prétentions, a Ses ministres eussent refusé une existence légale, parce qu'il fallait que Dieu seul parût dans ce qui n'était. que son ouvrage. Jésus- Christ est le seul de tous les sages qui se sont appliqués à instruire les hommes et à les rendre bons et heureux, qui ne les ait envisagés sous aucun rapport politique et qui n'ait, en aucune circonstance, mêlé à son enseignement des principes relatifs à la législation des empires. Quelle que soit l'influence de
CONCLUSION PLEINE D'INCONSEQUENCE . 157
l'Evangile sur la moralité humaine, jamais Jésus-Christ ni ses disciples ne firent entendre que l'institution évangélique dût entrer dans les lois constitutionnelles des nations. L'Evangile est donc par son institution une économie toute spirituelle offerte aux mortels en tant qu'ils ont une destination ultérieure aux fins de l'association civile et considérée hors de toutes leurs relations politiques; il est proposé à l'homme comme sa seconde raison, comme le supplément de sa conscience et non à la société comme un nouvel objet de mesures législatives. Enfin, l'Evangile a demandé, en paraissant au monde, que les hommes le reçussent, et que les gouvernements le souffrissent. C'est là le caractère extérieur qui le distingua dès son origine de toutes les autres religions qui avaient tyrannisé la terre, et c'est aussi ce qui doit le distinguer, jusqu'à la fin des temps, de tous les cultes qui ne subsistent que par leur incorporation dans les lois des empires. »
On est confondu et presque humilié pour l'esprit humain en passant de l'exposition si lucide et si ferme de ces immortelles vérités à la justification embarrassée de la constitution civile du clergé qui en était la violation flagrante. Il importe fort peu de savoir comment Mirabeau établit qu'une religion qui ne saurait être nationale peut néanmoins devenir de fait la religion du public et être réglementée à ce titre par la puissance civile. La seconde partie de l'Adresse n'est qu'une répétition de son discours sur le serment politique imposé aux prêtres; on y retrouve les mêmes théories hasardées sur la juridiction universelle des évêques, les mêmes protestations irritées contre les abus de la feuille des bénéfices, la même théologie improvisée, enfin ce mélange bizarre du Père de l'Eglise et du tribun qui avait déjà étonné l'Assemblée. Une splendide péroraison qui peignait en traits de feu la régénération de la France par la liberté, voilait, sous la pourpre, tous les sophismes et toutes les contradictions d'un discours qui avait couronné les plus belles théories sur l'indépendance de la conscience par l'apologie d'une religion civile. Mais le temps devait emporter bientôt les erreurs de ce puissant esprit, et si les grandes vérités