IS8 PAMPHLET DE CAMILLE DESMOIJLIXS
qu'il avait entrevues et proclamées ne purent sauver la France, elles demeurèrent gravées pour la postérité dans son incomparable langage; le jour où nous saurons les comprendre et les appliquer, les fautes de la première Révolution seront réparées.
L'Adresse de Mirabeau avait bien pu arracher à la première lecture des applaudissements enthousiastes, mais à la réflexion, on la trouva sans doute trop hardie et trop libérale. Aussi, futelle remplacée par un pâle document élaboré par le comité ecclésiastique, qui se bornait à affirmer que l'indépendance de TEgli.se avait été sauvegardée, et qui, au milieu des passions déchaînées, parlait un langage sans énergie et sans chaleur, aussi incapable de remuer le cœur que de persuader l'esprit. Cette Adresse ne fut pas même relevée, elle n'obtint qu'un dédain universel, tandis que celle de Mirabeau gardait pour l'avenir une importance d'autant plus grande qu'elle n'avait pas de caractère officiel *.
Tandis que l'Assemblée nationale essayait après tant d'orageux débats de proposer aux partis divisés une pacification dérisoire qui ne reposait pas sur l'égalité des droits, les violences du peuple de Paris, et les violences plus coupables encore de la presse démagogique rendaient tout rapprochement impossible. Les feuilles révolutionnaires débordaient d'injures et de menaces contre le clergé réfractaire. Le journal de Marat, dès le 9 janvier, poussait le peuple à huer et à berner les prêtres qui seraient pris à cabaler; la populace s'était montrée déjà suffisamment docile à suivre de pareils conseils. Camille Desmoulins consacrait à persifler le haut clergé sa verve bouffonne et son style piquant et nerveux. Il publia au commencement de janvier, dans ses dévolutions de France et de Brabant, un prétendu sermon du curé de Saint-Gaudens, qui était une satire mordante et implacable du parti des évêques. Ces traits légers et incisifs étaient lancés d'une main sûre, et devaient exciter autant de ravissement, dans un camp que de fureur dans l'autre. Il avait pris pour texte de son prône dérisoire ces paroles attribuées à un vieux cardinal à l'occa-