PAMPHLET DE CAMILLE DESMOULINS
comparaison des prétentions des évêques avec les paroles de l'Evangile et les institutions de l'Eglise primitive, Camille Desmoulins déconseillait les violences contre les réfractaires ; il voulait que Ton ne déchirât pas leurs robes de lin, mais qu'on se bornât à les affamer par le refus du traitement. « Après cela, libre aux évêques réfractaires de ne point désemparer de leur trône épiscopal, et de s'y tenir comme saint Siméon Stylite sur sa colonne. Nous verrons si le ciel fait descendre sur eux la manne, ou s'il leur envoie, comme à saint Paul l'ermite, un corbeau qui ait le bec assez fendu pour leur apporter tous les jours à chacun un pain d'une livre... Lorsqu'ils ne seront pas salariés, vous reconnaîtrez bientôt, mes très chers frères, que cette sorte de démons que l'on nomme pharisiens ou calotins , ou princes des prêtres, nonejititur nisi per jejunium ; vous ne viendrez à bout de les chasser que par le jeûne l. »
Un tel pamphlet appartient à l'histoire; car il présente l'opinion populaire du moment sous la forme la plus vive. Il servait également d'aiguillon acéré au parti contraire ; il eût suffi au haut clergé du sentiment de l'honneur, si puissant en France, pour démentir ces sarcasmes et prouver qu'il savait souffrir les privations et même les persécutions. Mais, avant de se résigner au martyre, il voulait s'organiser et combattre, et le mot d'ordre allait lui venir de Rome.