‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 118 sur 373 · ANNEXION AVIGNON · texte numérisé non relu

ANNEXION AVIGNON

nais s'étaient donné spontanément une organisation municipale contre laquelle le pape se hâta de protester. Ils firent un pas de plus et demandèrent formellement leur réunion à la France. Les partisans de la réunion persévérèrent dans ce désir au travers des luttes sanglantes qui éclatèrent à Cavaillon , à Carpentras et à Avignon même. Ils ne se laissèrent pas décourager par les lenteurs de l'Assemblée qui craignait de susciter trop tôt la guerre européenne ; la hardiesse lui était plus difficile dans une question qui engageait de graves difficultés diplomatiques que dans les affaires de l'intérieur. Dès le mois d'août 1790 le pape avait adressé à tous les souverains une lettre pastorale pour leur prouver que la possession de ce lambeau de terre par le saint -siège concernait l'Europe entière et tenait aux premiers intérêts de l'ordre et de la religion. Il se plaignait avec amertume de l'ingratitude de sujets qu'il avait comblés et qui avaient joui du régime le plus paternel. Mais c'était précisément cette paternité transportée dans le domaine politique qui les offusquait. La question d'Avignon revint plusieurs fois devant l'Assemblée nationale. La majorité était très décidée en principe en faveur des Avignonnais, mais elle hésitait devant les graves complications qu'elle redoutait. Ces hésitations ne devaient prendre fin que quand la Révolution n'aurait plus de ménagements à garder avec l'Europe.

Les débats sur Avignon offrent un grand intérêt ; on les dirait d'hier sur les circonstances du temps présent. Une discussion solennelle s'ouvrit en novembre 1790. Le parti clérical invoqua le droit historique et déploya une érudition vraiment bénédictine pour maintenir Avignon sous le joug papal. Il invoqua aussi le danger d'ébranler les anciennes souverainetés , mais quand il alla jusqu'à vanter le régime pontifical dans la sphère politique et à invoquer les antiques libertés du comtat, un immense éclat de rire interrompit ses orateurs. Quelques membres de la gauche eurent le tort de les suivre sur le terrain du droit historique en contestant la donation faite par Jeanne de Naples, mais ces vaines arguties tombaient devant une possession séculaire et il était bien plus logique d'invoquer

DISCUSSION sur l'annexion d'avignon. 163

comme Pétion le droit populaire et d'affirmer que le peuple avignonnais n'était plus au pape puisqu'il ne voulait plus de son joug, et qu'il était de la dignité et de la grandeur de l'Assemblée de reconnaître hautement que les rois appartiennent aux peuples et que les peuples n'appartiennent pas aux rois i» C'était le principe même de la Révolution française qui s'affirmait. Il était facile à Pétion de faire ressortir tous les vices d'une organisation cléricale qui réunissait les deux pouvoirs dans la même personne et conférait un caractère sacré et irrévocable aux fautes et aux erreurs d'une autorité irresponsable puisqu'elle se croyait infaillible. Mirabeau au nom du comité ecclésiastique proposa à l'Assemblée de ne pas décider sur le fond, à cause des difficultés diplomatiques et de se borner à maintenir la tranquillité publique dans ce petit pays qui ne pouvait remuer sans agiter tout le Midi. Mais Mirabeau n'en donna pas moins clairement à entendre que le droit des Avignonnais lui paraissait en soi évident. « S'il s'agissait, disait-il, de décider la question de droit public, de reconnaître les droits naturels des hommes et les droits imprescriptibles des nations, nous n'hésiterions pas à donner notre opinion. » Ces paroles étaient suffisamment claires. Au mois de mai de l'année suivante, l'Assemblée déclina dans le même esprit la proposition qui lui était faite de voter l'annexion d'Avignon et du Venaissin, mais elle était si bien décidée sur le fond de la question que dès que les circonstances le permirent, elle vota avant de se dissoudre, dans la séance du 13 septembre 1791, la réunion d'Avignon à la France moyennant une indemnité dont le chiffre n'était pas fixé. Elle avait préparé cette mesure dès le mois de juin par la nomination de commissaires chargés de pacifier la contrée et de recueillir le vœu populaire. Le comtat avait été occupé militairement dès le mois de janvier. Le pape savait à quoi s'en tenir sur le résultat final de cette affaire. A part les raisons de doctrine et de discipline, il avait donc un grief personnel contre la Révolution ; la question de territoire pesa comme toujours d'un grand poids sur ses décisions.

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