LETTRE DU PAPE AUX ÉVÊQUES
Trois documents importants émanèrent à cette époque de la cour de Rome, ils étaient destinés à organiser définitivement la résistance au sein de l'Eglise de France. Le premier est un bref du 10 mars 1790 sur la constitution civile du clergé. Ce n'est pas encore la décision définitive du saint-père, car il demande aux évêques français de lui communiquer leur opinion. Néanmoins ce bref préliminaire tranche déjà toutes les questions pendantes soit quant aux juridictions diocésaines et à l'immixtion des laïques dans les élections, soit quant à la primauté du saintsiége, au privilège de l'autorité épiscopale et à l'aliénation des biens ecclésiastiques. Les citations empruntées à la tradition abondent dans cette pièce diffuse qui ne fait que reproduire l'exposition des évêques. Malheureusement le pape joint à quelques réclamations fondées au point de vue des libertés de l'Eglise une condamnation sommaire des plus précieuses conquêtes de la Révolution, bien qu'il ait la prétention de ne pas défendre l'ancien régime. Que faisait-il donc quand il flétrissait ouvertement la consécration de l'égalité et de La liberté politique dans la déclaration des droits? « L'effet nécessaire de la constitution décrétée par l'Assemblée, dit-il, est d'anéantir la religion catholique et avec elle l'obéissance due aux lois. C'est dans cette vue qu'on établit comme un droit de l'homme en société cette liberté absolue, qui non-seulement assure le droit de n'être point inquiété pour ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence de penser, de dire, d'écrire et même de faire imprimer impunément en matière de religion tout ce que peut suggérer l'imagination la plus déréglée ; droit monstrueux, qui paraît cependant à l'Assemblée résulter de l'égalité et de la liberté naturelles à tous les hommes. » Plus loin le pape traite de chimérique la liberté de penser et d'agir1, et s'élève avec énergie contre le refus de l'Assemblée de déclarer le catholicisme religion nationale et dominante. Et cependant il n'en proteste pas moins contre l'intrusion des laïques dans les questions de discipline. C'est dire qu'ils sont compétents pour voter le privi-