MOUVEMENT D'OPINION CONTRE L'ÉGLISE
Ce que ces attaques avaient d'outré augmentait leur succès en servant la passion du moment. La colère qui ne raisonne pas ramasse volontiers des pierres dans la boue pour ses exécutions sommaires.
Nous avons donc en présence, vers la fin du dix-huitième siècle, deux tendances irréconciliables qui se poussent mutuellement aux dernières exagérations. On peut prévoir combien il sera difficile de s'entendre quand viendra le moment de la rénovation sociale. Si Ton cherche à se rendre compte de ce que Ton veut en fait de réformes ecclésiastiques dans la portion libérale de la société laïque, on reconnaît d'abord qu'on n'est point disposé à laisser subsister sur le même pied le vaste et dispendieux établissement qui épuise à son profit les meilleures ressources du pays. On n'ose pas, sans doute, parler clairement sur ce point délicat, mais on y revient sans cesse par voie d'allusion, tantôt en discutant comme Mably, dans ses Considérations sur V histoire de France, l'origine des dîmes et des biens de l'Eglise, tantôt en prodiguant les sarcasmes à l'inutilité de la vie monacale avec une ironie concentrée par la plume magistralement satirique de Montesquieu dans ses Lettres persanes, ou avec cette verve intarissable, ce génie souple, fécond et incisif de la raillerie voltairienne. L'opinion publique a fait de tels progrès dans cette direction, que déjà au milieu du siècle un contrôleur général ose proposer l'une des mesures les plus hardies de la Constituante de 1789 et ne craint pas de s'attaquer au domaine sacré et inaliénable de l'Eglise. Machault, en 1719, exprima l'intention d'aliéner une portion des biens du clergé pour couvrir le déficit du trésor royal. Mais si l'opinion publique se prononçait vivement contre l'accumulation des richesses entre les mains du clergé, la nation n'éprouvait aucune impatience de s'en emparer. La France est naturellement bien plus ardente pour les idées générales que pour les intérêts, et pour qu'elle mît sa forte volonté à modifier les conditions de la propriété ecclésiastique, il fallait la pression des circonstances.
11 n'en était pas de même du second objet de ses aspirations; elle revendiquait déjà avec passion la tolérance pour toutes les