ÉMEUTE CONTRE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
l'excitation de la presse et des clubs il était incapable de contenir ses passions. Le jour môme où devait pour la première fois se célébrer le culte des catholiques non assermentés une affiche injurieuse et menaçante fut placardée sur la porte; la foule stationnait dans la rue, décidée à ne laisser entrer personne et à faire un mauvais parti à quiconque voudrait franchir le seuil de l'église. Des ordres avaient bien été donnés à un détachement de la garde nationale, mais ils étaient si ambigus que les gardes nationaux n'imaginèrent pas qu'ils dussent protéger le droit des catholiques. Ainsi la plus précieuse des libertés était outrageusement violée à la première occasion. En vain on prétendait que l'affiche réglementaire n'avait pas été placardée en temps utile. Avant toutes les affiches il y avait le glorieux frontispice de la Constitution, la déclaration des droits qui n7était plus qu'une lettre morte ou un chiffon de papier si elle ne devait protéger que le fort et abandonner le faible à l'oppression de la plèbe. Le rôle de La Fayette dans ces circonstances fut très honorable. Il avait vu fonctionner en Amérique la liberté religieuse la plus étendue; il eût souhaité pour la France le même régime. « Le remède proposé, lisons-nous dans ses Mémoires, de laisser, à l'exemple des Etats-Unis, chaque société entretenir son temple et ses ministres fut repoussé de tous côtés1. » Bien que très hostile au parti du haut clergé , il sut respecter en lui le droit de la conscience et il autorisa les réfractaires à ouvrir une chapelle dans son propre hôtel2. Quand le peuple s'assembla tumultueusement pour empêcher le roi d'aller faire ses pâques à Saint-Cloud, il donna sa démission tant cette atteinte à la liberté religieuse dans la personne du prince lui parut odieuse. Il ne la retira que sur l'assurance qui lui fut donnée qu'aucune tentative semblable ne serait renouvelée. Il protégea énergiquement les insermentés des Théatins et les supplia de célébrer leur culte malgré l'opposition du peuple. Ils s'y refusèrent. « Depuis deux jours, écrit le général à l'occasion de ces événements,