NOBLE ATTITUDE DE LA FAYETTE
je passe ma vie dans les discussions et les arrangements qui ont rapport au plein et immédiat maintien de la liberté religieuse. Les vrais aristocrates ont de l'humeur parce que nous séparons la religion de leur opposition. Le comité ecclésiastique me parlait aujourd'hui de précautions contre les réfractaires. J'ai dit que la garde nationale était un instrument qui jouerait tous les airs qu'on voudrait pourvu qu'on n'en changeât pas le clavier qui était la déclaration des droits. »
L'affaire fut portée devant l'Assemblée et donna lieu à un très beau débat dont les conclusions théoriques furent dans le sens de la liberté; mais c'était une liberté bien chimérique tant qu'elle était livrée à tous les caprices de l'émeute. Ce débat fut provoqué par le directoire lui-même qui avait protesté par une proclamation très nette contre l'atteinte qui venait d'être portée à la liberté religieuse. L'Assemblée commença par mettre en discussion l'arrêté qui avait réglé l'exercice du culte dans les divers édifices religieux. Cet arrêté, à part les clauses déjà mentionnées portait que la municipalité nommerait pour chaque église paroissiale un officier public sous le nom de préposé qui aurait la garde de l'édifice. Une fraction de l'Assemblée crut voir dans cette création d'un office public par une municipalité un empiétement sur son droit ; c'était, d'après elle, faire un acte législatif. Mais ce n'est pas sur ce point que la discussion porta surtout. Le directoire avait interdit toute fonction ecclésiastique dans les églises paroissiales à d'autres prêtres qu'aux prêtres salariés par la nation et nominativement attachés à ladite église ou autorisés par une licence particulière de l'évêque. La location d'édifices religieux pour la célébration d'un culte quelconque était autorisée moyennant certaines formalités, les chapelles dissidentes ne pouvaient donc manquer de se multiplier une fois que les temples de la nation étaient fermés au clergé insermenté ; rien n'était mieux fait pour hâter la constitution du schisme. C'est ce que redoutaient par-dessus tout les premiers auteurs de la constitution civile. Treilhard et Camus réclamèrent vivement en faveur des prêtres assermentés le
droit de célébrer la messe dans tous les temples. Ils se fondaient sur ce que le refus de serment impliquait seulement la perte de la fonction officielle et du salaire, mais n'entraînait point la perte des droits généraux conférés par les ordres sacrés. « Les ecclésiastiques, disait Treilhard, qui étaient fonctionnaires publics et qui ont refusé le serment, sont devenus seulement des ecclésiastiques ordinaires. Les uns et les autres ont conservé le droit d'exercer partout les fonctions ecclésiastiques. Il résulterait de cet arrêté, que contre le vœu de la nation, elle serait schismatique. Vous n'auriez qu'un seul culte payé par la nation, mais il y aurait un autre culte. » Treilhard voulait cinsi rétablir en quelque mesure l'unité religieuse. Ce qu'il demandait était irréalisable, comme le prouva Sieyès dans une forte réplique ; les deux clergés ne pouvaient se rencontrer au pied des mêmes autels, sans provoquer des luttes scandaleuses, le droit apparent qu'on eût accordé aux prêtres insermentés de célébrer le service divin dans les églises officielles eût été un motif pour leur refuser la liberté d'avoir des édifices religieux à eux. Sans doute les mesures de police auxquelles le directoire soumettait l'ouverture des nouveaux lieux de culte étaient regrettables; mais le droit demeurait intact. L'Assemblée après une discussion orageuse, aigrie par les violentes tirades de Maury qui ne parla jamais avec moins de dignité, renvoya l'arrêté du directoire au comité de constitution; mais il n'en demeura pas moins en vigueur en attendant la solution législative de la question, et c'est conformément à ses prescriptions que l'église des Théatins avait été ouverte par des prêtres insermentés. Aussi, après l'émeute qui la ferma, ces prêtres eurent-ils pour principaux défenseurs Talleyrand et Sieyès, qui établirent admirablement les vrais principes en ce qui concerne la liberté des cultes. Mirabeau n'était plus là pour soutenir de sa puissante voix une cause qu'il avait illustrée par quelques-uns des plus magnifiques élans de son éloquence.
L'occasion première de ce nouveau débat fut le rapport présenté par Talleyrand au nom du comité de Constitution surje décret du directoire du département de la Seine. Il s'efforça de