J 78 DISCOURS DE TALLEYRAND
concilier dans son discours les deux opinions qui s'étaient manifestées à l'Assemblée , et de donner raison aussi bien à ceux qui voulaient que le refus du serment ne fût pas un titre d'exclusion pour la célébration des offices sacrés dans les églises de l'Etat qu'à ceux qui avec le directoire voulaient que le libre exercice du culte fût accordé aux prêtres dissidents. C'est sur ce point surtout que Talleyrand insista, car l'émeute qui avait fermé l'église des Théatins montrait combien le peuple était encore étranger à cette première des libertés. « Il est temps que l'on sache, disait-il, que cette liberté d'opinion ne fait pas en vain partie de la déclaration des droits, que c'est une liberté pleine, entière, une propriété réelle non moins sacrée que toutes les autres à qui toute protection est due. » Talleyrand établissait que cette liberté d'opinion était illusoire si elle n'était pas respectée en dehors du culte officiel. Non-seulement elle impliquait qu'aucune condition religieuse ne serait rattachée à l'exercice des fonctions civiles depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevées, si bien que le roi lui-même conservait la pleine indépendance de sa conscience, mais encore « qu'il serait permis à tous particuliers de se réunir, pour la célébration d'un culte religieux quelconque, dans un édifice dont ils auraient acquis la disposition, à la charge de se soumettre aux lois. » L'orateur écartait , avec indignation , le sophisme si souvent usité qui réduit la liberté des cultes à la liberté intérieure de conscience. « S'il doit être libre à chacun, disait-il, aux yeux de ses semblables d'avoir une opinion religieuse différente de celles des autres, il est clair qu'il lui est également libre de la manifester, sans quoi il mentirait éternellement à sa conscience; de là suit évidemment la liberté des cultes. Et qu'on ne pense pas que nous combattons ici le fanatisme pour y substituer une coupable indifférence. C'est le respect pour les consciences que nous voulons consacrer. C'est le triomphe de la religion véritable que nous croyons assurer en ne laissant autour d'elle que des moyens de persuasion, et en montrant qu'elle n'a rien à redouter de la concurrence de ses rivales. » Passant aux faits déplorables qui venaient de s'accomplir à Paris, Talleyrand exprimait le regret qu'on