FERMETÉ DE SES CONCLUSIONS
n'eût pas préparé le peuple au respect de la liberté religieuse par une proclamation explicite des grands principes inscrits dans la déclaration des droits, et en montrant ce qu'aurait dû être cette proclamation, il jetait un blâme sévère sur les violences d'une multitude égarée. La liberté religieuse n'avait aucun sens si elle ne protégeait toutes les opinions dissidentes, aussi bien celle des catholiques non assermentés que celle des protestants. La révocation de l'Edit de Nantes avait été provoquée avec toutes ses suites sanglantes précisément par ceux qui ne voulaient pas deux cultes et deux autels. La persécution devait avoir pour effet inévitable de fortifier le mouvement qu'on redoutait, car l'espoir du martyre donne toujours une nouvelle force aux opinions religieuses. « Mais surtout il fallait bien prendre garde de souiller par l'intolérance les premiers moments de la liberté, alors que le monde entier avait les yeux ouverts sur la capitale des Français pour recevoir d'elle l'exemple de la force qui se modère et de la justice qui fait respecter les droits de tous. » Talleyrand déclarait hautement que pour lui les scrupules des prêtres qui refusaient le serment n'avaient aucun motif sérieux, et que c'était sortir des nobles traditions de l'Eglise gallicane, que de soumettre l'organisation politique de l'Eglise de France au jugement du pape; mais enfin, tout vains qu'ils fussent, ces scrupules existaient; ils troublaient les consciences. Il ne fallait pas leur faire violence par amour pour la liberté, « qu'il faut respecter jusque dans ses plus ardents adversaires. » « Il faut, ajoutait-il, que ceux qui le penseront ou même qui ne le penseront pas puissent sans crainte dire que nous sommes schismatiques si cela leur convient; il faut, par conséquent, que le culte qu'ils désirent célébrer à part, soit que d'ailleurs il diffère ou non du nôtre, soit aussi libre que tout autre culte ; sans cela , la liberté religieuse n'est qu'un vain nom. On redevient un peuple intolérant, on justifie toutes les persécutions quelconques. Disons que cette liberté ajoutée à tant d'autres est un de ces grands bienfaits par lesquels notre Constitution s'affermira tous les jours davantage, et qui lui vaudra, tôt ou tard, l'hommage et la reconnaissance du genre humain. »