SIEYES DÉFEXD LA .MÊME CAUSE
L'abbé Sieyès , au nom du directoire du département , développa les mêmes principes avec la précision et la fermeté de sa parole en en dirigeant la pointe acérée contre les jansénistes de l'Assemblée. 11 qualifiait sévèrement les violences de la multitude, et refusait le nom de peuple à ces attroupements malfaisants qui avaient menacé la liberté religieuse. « Voilà donc, disait-il en posant la question avec sa netteté accoutumée , des citoyens troublés dans leur réunion ; cette réunion a un objet religieux ; mais existe-t-il une loi qui défende les assemblées qui ont un objet religieux , lorsque d'ailleurs ces assemblées sont paisibles et sans armes ? Nous ne connaissons point cette loi. L'Assemblée nationale a dit à tous : Vous ne serez point inquiétés dans vos opinions religieuses ; vous n'êtes soumis qu'à la loi. Votre liberté vous est garantie; comptez qu'elle sera efficacement protégée. Dironsnous que les opinions sont libres, mais seulement dans l'esprit, seulement quand on est seul ou qu'on n'est que peu de personnes? Mais qu'aurait donc fait de plus l'Assemblée nationale que ce qui existait sous l'ancien régime ? » Sieyès s'attaquait à l'une des objections les plus fréquentes faites au plein exercice de la liberté religieuse à celle que, pour la honte de l'esprit humain, ou plutôt de l'esprit français si lent à s'éclairer sur ce point, on a ramenée plus d'une fois de nos jours dans les débats judiciaires ou parlementaires. La liberté religieuse a été reconnue, disait-on en 1791 comme en 1861, mais de là à l'exercer publiquement il y a un intervalle immense à franchir et c'est aux législateurs à régler la pratique de ce droit. «Mais, répondait Sieyès, entre l'Assemblée nationale qui reconnaît la liberté religieuse et les citoyens qui en conséquence se mettent en jouissance de cette liberté, où est l'intervalle à remplir? Pouvez-vous dire qu'en promulguant de la manière la plus solennelle le grand principe de la liberté religieuse votre intention véritable était qu'on devait s'en priver jusqu'à nouvel ordre. Est-ce qu'une liberté peut être en principes sans être en conséquences? Et de quoi jouiront les citoyens, quand vous leur dites qu'ils sont libres si ce n'est des conséquences de cette liberté, c'est-à-dire