L'AGITATION RELIGIEUSE S'ACCROÎT
de sagesse politique, car au lieu d'accepter avec reconnaissance la liberté protectrice que le directoire lui offrait, il protesta sur le ton de la plus véhémente indignation contre un décret qui établissait pour tous les cultes le droit de louer les anciens édifices religieux disponibles. Il voulait bien la liberté pour lui, mais non pour les autres, et il mérita d'être interrompu par les rires ironiques de l'Assemblée quand il s'écria avec l'accent d'un prophète indigné : «Voilà le moment arrivé ! on vous propose d'établir l'abomination de la désolation dans le lieu saint. Fuyez les contrées jadis si chrétiennes où l'on adore maintenant le dieu Baal... Fuyez, fuyez, traversez les monts... » Malgré cette intempestive sortie et l'abstention de la droite qui montrait clairement cette fois qu'elle redoutait, par-dessus tout, la modération et la justice de ses adversaires, les conclusions du rapport de Talleyrand et du discours de Sieyès furent votées à une grande majorité. Les principes de 1789 étaient ainsi fixés et interprétés souverainement par l'Assemblée nationale sur l'article fondamental de la liberté religieuse. Quiconque ne l'admet pas avec toutes ses conséquences et la distingue de la pleine liberté du culte ne peut plus les invoquer que par dérision. Malheureusement il allait en être de ce droit comme de tous les autres, le flot révolutionnaire allait passer sur lui et le couvrir de son écume, mais il n'en demeure pas moins comme un roc enraciné dans le sol pour être l'une des pierres angulaires de l'éditice aux jours de sa construction définitive.
On put s'apercevoir promptement à quel point l'Assemblée nationale était en avant du peuple de Paris sur lequel elle s'était néanmoins tant de fois appuyée. Malgré la belle discussion du mois de mai, l'église des Théatins à peine rouverte par les prêtres insermentés était envahie le 2 juin ; la foule en chassait les fidèles et détruisait l'autel. Lafayette dut venir en personne apaiser l'émeute, et Bailly écrivit au nom de la municipalité une lettre de remercîment au bataillon de la garde nationale qui avait prêté main-forte à la loi. Il y réclamait dans un langage terne peu fait pour agir sur les niasses le respect de la conscience et condamnait le fanatisme sous la bannière de la Hévolu-