TRANSLATION DES GENDRES DE VOLTAIRE AU PANTHÉON
tion aussi bien que sous celle de l'Eglise. Les hommes de 1789 sont de plus en plus impuissants dans leur résistance aux passions du peuple ; ils s'en sont trop servis pour les arrêter à leur gré. D'ailleurs ils les partagent plus ou moins, tout en respectant la liberté religieuse en principe, et c'est avec effort qu'ils résistent à l'irritation où les jette la réaction cléricale. Celle-ci grandit tous les jours. Elle se propage comme un incendie sur toute la surface du pays. Ce n'est pas seulement le Midi catholique, où il est si facile de réveiller le fanatisme,, qui résiste; c'est aussi le Nord plus calme, mais aussi plus énergique. De grands troubles éclatent dans la Côte-d'Or et le Pas-de-Calais. Les évêques de Gap et de Senez résistèrent avec courage à toutes les sommations d'obéir à une loi qui blessait leur conscience. Le second prit au tribunal de Castillon l'attitude d'un ancien confesseur ; sa fermeté fut très admirée et eut une influence extraordinaire sur son clergé. 11 obtint la rétractation d'un prêtre jureur, et il ne cessa de diriger du fond de son exil la résistance aux décrets de l'Assemblée1. Dans le Finistère, dans l'Anjou et le Maine, l'agitation des esprits ne fut pas moins grande, et dans le premier de ces départements, plusieurs prêtres furent incarcérés quelques jours. D'autres furent sous le moindre prétexte privés de leurs pensions ecclésiastiques.
La translation des cendres de Voltaire au Panthéon opérée avec ce mélange de pompe théâtrale et de sensiblerie niaise, si fréquentes à cette époque, fut un nouveau défi de la France révolutionnaire à la France catholique. Un des motifs allégués par l'Assemblée pour décerner ces suprêmes honneurs à Voltaire était qu'il avait préparé la nation à la liberté. On allait voir trop tôt quel lien secret unit l'irréligion au despotisme ; cependant la majorité de l'Assemblée avait l'intention visible de ne pas sortir des bornes de la modération. Ainsi quand le cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, fut accusé d'avoir interdit quelques prêtres de son diocèse pour avoir prêté le serment , il fut décidé qu'il n'y avait pas lieu
1. Barruel, Histoire de V Eglise de France sous la Révolution, p. 71.
iSl FL\ DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.
à le décréter d'accusation 1 , après un débat court mais vif dans lequel Gazalès supplia l'Assemblée de ne pas faire le premier pas dans la voie de la persécution. Il est vrai que le vote fut motivé quelques jours après sur ce que le cardinal de la Rochefoucauld avait écrit sa lettre avant d'avoir eu officiellement connaissance de la nomination dû nouvel évêque constitutionnel de Rouen. C'était annoncer à la nation qu'à l'avenir aucun délit de ce genre ne passerait impuni. Le bref du 10 mars avait été suivi de plusieurs autres qui circulaient en France et ranimaient la résistance. Dans la séance du 9 juin Thouret proposa de défendre, sous peine de dégradation civique, de publier aucun acte de la cour de Rome qui ne serait pas vérifié par l'Assemblée et promulgué par le roi. Cette proposition dans sa généralité allait jusqu'à suspendre la liberté de la presse, car elle interdisait absolument la manifestation des pensées de tout un parti sous leur forme la plus solennelle. Regnault de Saint-Jean d'Angely observa avec raison que ce qu'on pouvait empêcher c'était la publication des bulles à titre de lois du pays, mais non comme simples documents. Malouet professa cette fois encore le libéralisme le plus élevé au milieu des murmures de l'Assemblée. « Si vous avez des mosquées, dit-il, vous ne pouvez empêcher les muftis d'instruire les vrais croyants dans leur culte. La tyrannie commence là où le corps législatif dit : Cette portion du culte est légitime; celle-ci est coupable. » L'Assemblée décida que l'interdiction proposée par Thouret serait limitée aux ecclésiastiques fonctionnaires publics. Elle se maintenait ainsi dans sa ligne de modération, suivie dans cette marche par quelques administrations départementales. Des sœurs de charité avaient manifesté quelque opposition au nouveau régime, dans le département de la Côte-d'Or; le peuple les avait menacées. Le directoire prit leur défense, mais tout en leur laissant le soin des malades il leur interdit l'enseignement qui était une fonction publique. Le ministre de i'int rieur leur écrivit une lettre sensée, où il leur demandait de