LA FUITE DE VARENNES PRÉCIPITE LA CRISE
laisser à ceux qu'elles soignaient la même liberté qu'elles réclamaient pour elles-mêmes l.
La fuite du roi arrivée à la fin de juin rendit la modération impossible; les passions révolutionnaires devinrent irrésistibles. On remarqua beaucoup dans le manifeste destiné à expliquer son départ à la nation française l'insistance avec laquelle il rappelait la pression qui avait été exercée sur lui dans les affaires religieuses. « Au sortir de sa maladie, disait-il, le roi se disposait à aller à Saint-Cloud; on s'est servi pour l'arrêter du respect qu'on lui connaît pour la religion de ses pères. Ensuite il a été obligé d'ordonner l'éloignement de son chapitre, d'approuver la lettre du ministre aux puissances étrangères et d'aller à la messe du nouveau curé de Saint-Germain-l'Auxerrois 2. » Ainsi s'accusait de plus en plus pour l'Assemblée Falliance entre la contre-révolution et le clergé insermenté. Il n'est pas étonnant que l'opposition cléricale ait excité plus d'inquiétude et de colère à partir du jour où le roi fugitif avait ouvertement épousé sa cause devant la France et l'étranger. Un député obscur nommé Legrand, dans un rapport alarmant sur les affaires ecclésiastiques présenté le 4 août, invoqua le salut du peuple, c'est-à-dire la raison d'Etat démocratique, pour suspendre les lois de la justice et de la liberté et pour écraser ainsi la résistance du clergé réfractaire. Il osa proposer devant cette grande Assemblée qui avait voté les droits de l'homme de contraindre tous les prêtres insermentés des départements du Nord et du Pas-de-Calais, particulièrement agités à ce moment, à s'éloigner à trente lieues de ces départements, sous peine d'emprisonnement et de privation de traitement. C'était ouvrir l'ère de proscription en masse. Maury se leva aussitôt et salua ironiquement l'Assemblée en se retirant. Le moment n'était pas encore venu pour de telles mesures, il fallait attendre une nouvelle législature, les hommes de 1789 ne pouvaient se déjuger d'une manière aussi inique malgré l'entraînement de leurs passions et la pression des fureurs popu-