‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 139 sur 373 · JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE

laires. La proposition de Legrand fut renvoyée au comité ecclésiastique et à celui des recherches, auquel on adjoignit le comité de Constitution. Elle ne devait reparaître que sous la Législative, mais pour être singulièrement aggravée. La Constituante lui léguait également une mesure qui n'était qu'ébauchée, mais qui devait réaliser une des réformes les plus libérales et les plus utiles. C'était la séparation des actes civils et religieux. Tant qu'elle n'était pas exécutée, la liberté religieuse était sans garantie. On se contenta d'admettre le principe sur la proposition de Bailly et de la municipalité de Paris1. Le dernier jour de septembre 1791, la Constituante transmettait ses pouvoirs à cette orageuse Législative qui devait emporter la monarchie et fonder la République sur les ruines de la liberté.

Ne soyons pas injustes envers la grande Assemblée qui dans une société pleine d'abus et de préjugés eut à poser les assises d'un ordre nouveau. Assaillie de difficultés de toute sorte, en proie à des passions contraires qui s'exaspéraient mutuellement, placée en face d'une royauté dont elle se défiait, poussée par un peuple ignorant, mais las de son joug et impatient de courber ceux qui l'avaient si longtemps écrasé, elle devait toucher à toutes les questions à la fois , les résoudre sous l'aiguillon des plus pressantes nécessités, sous le feu des luttes les plus ardentes. 11 n'était pas possible que dans de telles conditions elle élevât un édifice durable , car elle faisait trop souvent des lois comme on élève des batteries contre des ennemis d'un jour. Les vrais constitutionnels, ceux qui voulaient maintenir la liberté et le pouvoir et rattacher l'avenir au passé n'avaient aucune chance de réussir dans une crise aussi violente. Mirabeau, qui au fond pensait comme eux, devait racheter ses discours raisonnables par des fougues de tribun. 11 faut aussi convenir que les provocations et les menées de la droite rendaient la sagesse bien difficile. Dans de telles circonstances l'école de Rousseau avait beau jeu avec ses principes absolus, ses théories hardies, son fracas démocratique qui permettait les mesures

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