‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 140 sur 373 · JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE

arbitraires et sa tendance si marquée à sacrifier la liberté à l'égalité. Bien que contenue par l'école anglaise et par les talents supérieurs de ses opposants, elle contribua largement à pousser la Révolution aux extrêmes et à ôter de la machine gouvernementale les contre-poids sans lesquels la liberté est incapable de résister à l'emportement des passions. Alliée au jansénisme gallican, elle entraîna l'Assemblée à ses plus grandes fautes en matière ecclésiastique. Après avoir restreint la liberté religieuse dans la déclaration des droits, malgré un incomparable discours de Mirabeau, la Constituante eut le tort de voter le régime du salaire des cultes et d'organiser un clergé fonctionnaire. Elle chercha à assujettir ce clergé au gouvernement parla constitution civile et par le serment; elle porta la contrainte jusque dans la conscience. C'est ainsi que, dans le temple même de la liberté, la vieille idole de l'Etat avait été replacée sur l'au tel par des législateurs qui se croyaient de hardis novateurs et qui ressuscitaient les prétentions les plus usées de l'ancienne monarchie. Ils avaient au moins proclamé la liberté de conscience en dehors des cultes officiels, mais le peuple n'en voulait pas et elle allait disparaître dans la tempête qui grondait déjà et devait emporter le trône et l'autel. Cependant de grands droits avaient été invoqués. Un généreux enthousiasme, mêlé sans doute à d'imprudentes colères, avait animé cette grande Assemblée. C'est à elle en définitive que se rattachera toujours tout développement de la liberté dans ce pays, car si elle a tout compromis, elle a tout entrevu et rien ne remplacera jamais la flamme patriotique qui l'a dévorée. Un crible terrible allait d'ailleurs dans son œuvre séparer l'ivraie du bon grain. La démonstration de ses erreurs sur les rapports des deux puissances devait promptement résulter avec une implacable évidence des conflits qu'elle avait préparés.

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