S LA LIBERTÉ RELIGIEUSE MAL COMPRISE
qu'une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation, ce sera une très bonne loi civile lorsque l'Etat est satisfait de la religion déjà établie, de ne point souffrir l'établissement d'une autre. Voici donc le principe fondamental des lois politiques en fait de religion. Quand on est maître de recevoir dans un Etat une nouvelle religion, ou de ne pas la recevoir, il ne faut pas l'y établir; quand elle y est établie, il faut la tolérer1. » « On croirait lire un contemporain de Trajan et de Pline le Jeune. Ne sent-on pas percer dans ces mots la vieille idée romaine et française de la religion pour l'Etat et pour l'ordre public? Montesquieu ajoute : « Lorsque les lois ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut aussi qu'elles les obligent à se tolérer entre elles. Il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions, non-seulement qu'elles ne troublent pas l'Etat, mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. » Ainsi, tout en revient à l'autorisation de l'Etat. Les religions n'existent que sous son bon plaisir, sous sa surveillance, et c'est lui qui pacifie leurs désaccords. La constitution civile du clergé et les lois de germinal an X sont en germe dans ces paroles hautaines.
Dans Rousseau, le germe a eu son plein épanouissement. Le citoyen de Genève était, certes, partisan de la tolérance. L'arrêt du Parlement de Paris, qui avait fait brûler son Emile, et les mandements de Monseigneur de Beaumont avaient suffi à son instruction à cet égard. C'était lui qui avait, après tout, porté le coup le plus terrible à l'ancienne société française, parce qu'il avait apporté au mouvement novateur sa passion sérieuse et communiqué à la jeune génération le feu qui rongeait son cœur. Aussi, eut-il le funeste honneur de faire à son image la révolution française H régna sans contestation sur sa période la plus puissante et la plus dévastatrice. On comprend de quel poids ont dû peser, dans nos premières assemblées délibérantes, ses idées sur l'organisation de la religion. C'est à son Contrat social qu'il faut en demander la formule la plus précise. Chose étrange! cette charte de la révolution future, ce programme du renouvellement le