‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 15 sur 373 · FUNESTE INFLUENCE DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

FUNESTE INFLUENCE DE ROUSSEAU

plus hardi est tout imbu des idées favorites de Bossuet ; c'est une sorte de déisme gallican avec la même sanction terrible que le gallicanisme de 1682 et 4685, c'est la religion d'Etat mise à la portion congrue en fait de dogmes, mais aussi rigoureuse, aussi implacable que si elle avait à maintenir le catéchisme du concile de Trente. Le glaive est tiré pour un formulaire amoindri, mais il n'en est pas moins tiré aux yeux effrayés des dissidents. Le Contrat social, pour tout dire, c'est Louis XIV en carmagnole. Il est vrai que le souverain s'appelle Légion, qu'il n'est pas personnifié dans un seul homme, qu'il représente le peuple entier et qu'il a pour Versailles un forum tumultueux; mais il n'en est pas moins absolu, indiscutable, absorbant comme un gouffre, car il anéantit toute initiative, toute liberté individuelle : c'est un despote au sens le plus réel du mot. Rousseau veut que ce despote soit bon prince, et laisse à chaque citoyen le droit de penser ce qu'il lui plaît; mais la concession n'est pas grande, car quelque insolentes pour la conscience humaine qu'aient été les prétentions des tyrannies religieuses du passé, elles n'ont jamais franchi le for intérieur; la pensée est toujours demeurée libre et insaisissable. Mais ce qui a partout caractérisé le despotisme religieux, c'est la prétention d'empêcher la manifestation publique des dissidences individuelles. Or telle est bien la pensée de Rousseau; qu'on en juge par ses propres paroles :

« Il y a une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, sans pouvoir obliger personne à les croire ; il peut bannir de l'Etat quiconque ne les croit pas; il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la justice, et d'immoler au besoin sa vie à ses devoirs. Que si quelqu'un, après avoir reconnu publiquement ces dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort ; il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois. » •

A la lecture de ces lignes, il me semble voir dans le lointain Robespierre célébrant la fête de l'Etre suprême en face de la guillotine. Rousseau aurait détesté tout le premier l'application

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