DISPOSITION DE LA NOUVELLE ASSEMBLÉE
lution. Des mains violentes se préparaient à jeter le voile dont avait parlé Montesquieu sur la statue de la Liberté, bien qu'elle vînt à peine d'être mise sur son piédestal, et que ce piédestal eût été transformé un moment en autel, tant la nouvelle Assemblée avait montré d'attachement idolâtre pour la Constitution de 1791. On vit bientôt ce que valaient ces hommages si solennellement exprimés, le jour où l'archiviste Camus déposa sur la tribune le livre delà loi du peuple français. La rude insolence que l'Assemblée législative dès ses débuts témoignait au roi, était une violation de l'esprit de la Constitution; car avilir une royauté déjà rendue si dépendante c'était la supprimer en fait. Le manque d'égard et de respect lui infligeait une sorte de déchéance morale. Les autres articles de la Constitution ne devaient pas être plus respectés. C'est qu'au fond il s'agissait moins pour la Législative de gouverner et de fonder que de combattre et de détruire. Composée en grande partie d'hommes nouveaux, la plupart très jeunes, qui s'étaient signalés par leur ardeur révolutionnaire et que leurs fonctions administratives avaient mis aux prises avec la réaction dans les départements, elle était née dans un jour de colère et de défiance. Elle avait reçu des passions dont elle était la fille le redoutable mandat d'abattre tout ce qui faisait obstacle à la Révolution et tout d'abord la résistance religieuse qui s'organisait sur tous les points et prenait des proportions effrayantes. Poussée par sa propre inclination sur cette pente de l'arbitraire démocratique, elle n'avait pour la retenir ni l'ascendant des grands orateurs et des grands politiques du parti constitutionnel qu'une mesure imprudente de la Constituante avait mis à l'écart pour les remplacer par des hommes médiocres, ni une droite compacte opposant les plus grands noms et les plus hautes positions du pays aux mesures radicales. Au côté droit siégeait précisément ce fantôme de la Constituante sans influence et presque sans talent. Le centre sans courage et sans convictions arrêtées appartenait au plus fort, et devait précipiter de son poids inerte la marche des violents. La royauté chancelante et hésitante passait des concessions arrachées à sa faiblesse à des résistances qui ne servaient qu'à ses adversaires, car elles duraient
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le temps nécessaire pour que les flots révolutionnaires acquissent une force irrésistible en se heurtant contre l'obstacle. Une presse insensée qui n'était soumise à aucune pénalité et pouvait se porter aux derniers excès contre les personnes, l'émeute organisée en permanence et maîtresse des tribunes de la salle des séances; les débats toujours plus orageux des clubs, l'enivrement du combat dans les deux camps, le soupçon constant de la trahison en haut et des complots en bas et partout : que manquait-il à une telle situation pour être tendue outre mesure? On peut dire que pour la gauche de l'Assemblée législative rien n'était frein et tout était aiguillon. La gauche, on le sait, c'était, à la Législative le brillant groupe des députés de la Gironde, derrière lesquels apparaissaient déjà comme leurs héritiers naturels, les futurs montagnards qui n'étaient alors séparés d'eux que par une énergie plus rude, un tempérament plus cruel, des habitudes plus étrangères à la société polie. Nous verrons que dans la lutte religieuse les Girondins ont montré autant de violence et d'injustice que leurs ennemis, et que s'ils n'ont pas élevé de leurs mains l'échafaud politique, ils en ont du moins préparé les premiers degrés par les mesures de proscription qu'ils ont votées. Il est certain qu'ils ont sacrifié le droit et la liberté à la raison d'Etat. Or c'est là le point fondamental du catéchisme politique de la Montagne. Leur éloquence, leur jeunesse, leur générosité facile mêlée de tant de dureté pour le parti vaincu , leur mort courageuse surtout, font illusion sur leurs fautes. Il ne faut pas les voir uniquement dans leur dernière et noble attitude , car cette liberté que leur fier héroïsme invoqua à leur dernière heure, ils l'avaient trop souvent reniée dans leur carrière politique et eux aussi ils avaient sous ce nom trompeur lancé des lois de proscription. Ils avaient voulu fonder la liberté par l'arbitraire, sûr moyen de la perdre et de se perdre eux-mêmes, en la laissant sanglante et souillée à des mains barbares qui devaient la déshonorer longtemps. Disciples dociles et passionnés d'un siècle incrédule, ils allaient porter dans la répression des résistances cléricales tous les préjugés d'une philosophie matérialiste , incapable de res-