RAPPORT DE GALLOIS ET DE GENSONNÉ
de toutes les résistances, disposé par son caractère naturel à l'amour de la paix, au sentiment de l'ordre, au respect de la loi, recueillait les bienfaits de la Révolution sans en éprouver les orages. Rien n'était donc plus facile que de le rattacher à la Constitution, si on eût respecté sa foi religieuse très vive et très tenace. Sa religion est devenue pour lui la plus forte et, pour ainsi dire, Tunique habitude morale de sa vie. » Ne sachant pas distinguer entre la religion et le prêtre, il crut qu'on lui arrachait sa foi quand il se vit enlever les hommes qui pour lui étaient les uniques médiateurs entre la terre et le ciel. Il s'attacha à eux avec une sorte d'affection farouche qui pouvait facilement le conduire a la révolte transformée à ses yeux en devoir sacré. Les prêtres insermentés ne se firent pas faute d'entretenir ces dispositions. L'ancien évêque deLuçon multiplia les lettres pastorales pour entretenir la vraie foi. Dans une lettre datée de Luçon, l'évêque interdit à son ancien clergé de franchir le seuil des églises profanées par les prêtres jureurs et l'invite à ouvrir de nouveaux lieux de cultes. « Dans les paroisses, écrit l'évêque, où il y a peu de propriétaires aisés, il sera difficile sans doute de trouver un local convenable, de se procurer des vases sacrés et des ornements : alors une simple grange, un autel portatif, une chasuble d'indienne, des vases d'étain suffiront dans ce cas de nécessité pour célébrer les saints mystères et l'office divin. Cette simplicité, cette pauvreté, en nous rappelant les premiers siècles de l'Eglise et le berceau de notre sainte religion, peut être un puissant moyen pour exciter le zèle des ministres et la ferveur des fidèles. Les premiers chrétiens n'avaient d'autres temples que leurs maisons. » L'évêque ordonnait que Ton tînt des registres secrets pour les actes de baptême, de mariage et de sépulture ; que quand on n'avait pu se dispenser de porter le corps du défunt au cimetière d'une paroisse livrée à un prêtre jureur, on eût le soin de se retirer avec précipitation, dès qu'il souillerait de sa présence la terre sainte, et qu'enfin tout prêtre chassé de sa paroisse s'établirait à proximité pour offrir les secours de son ministère à ses anciennes ouailles. De zélés missionnaires établis au centre du pays le