‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 147 sur 373 · LA VENDEE NE VEUT QUE LA LIBERTÉ DES CULTES · texte numérisé non relu

LA VENDEE NE VEUT QUE LA LIBERTÉ DES CULTES

parcouraient en tous sens pour y entretenir la fidélité au culte proscrit, et ils répandaient à profusion des catéchismes populaires qui annonçaient les plus terribles jugements du ciel à quiconque entrerait en composition avec les intrus. Nul mariage béni par eux n'était valable, et toute cérémonie où ils avaient officié n'était plus qu'un sacrilège. Ces instructions portaient leur fruit ; les familles étaient profondément divisées et les municipalités s'étaient désorganisées pour ne pas se prêter à un acte aussi abominable que de présider à l'élection d'un intrus. Le remplacement de l'ancien clergé avait été très lent et très incomplet. Dans toutes les communes où il avait été effectué l'irritation des populations était profonde ; les adhérents des prêtres réfractaires ne pouvaient voir sans indignation l'ancienne et vénérable Eglise livrée à une minorité infime et même infâme à leurs yeux, tandis qu'ils étaient condamnés à des courses de plusieurs lieues pour célébrer leur culte. Les jours de dimanche et de fête solennelle on voyait des villages et des bourgs entiers déserter leurs foyers. On se figure aisément avec quelle amertume les paysans y rentraient le soir, harassés de fatigue. L'agitation du pays avait paru si inquiétante aux commissaires de l'Assemblée nationale qu'ils avaient jugé bon d'appuyer leurs exhortations sur l'excellence de la constitution civile du clergé, en cantonnant des troupes de ligne dans les paroisses les plus exaspérées. Mais les meilleurs soldats, même commandés par Dumouriez, ne pouvaient ramener la tranquillité l. On avait besoin non de soldats, mais de liberté. Les commissaires avaient trouvé le département des Deux-Sèvres en feu ; la guerre civile n'eût pas manqué d'éclater immédiatement si l'on eût écouté les révolutionnaires exaltés qui demandaient d'interner à Niort tous les prêtres réfractaires, anticipant ainsi sur l'une des plus fâcheuses mesures de la Législative. Gensonné et Gallois eurent le bon esprit de s'opposer à ce projet insensé. Ils rassemblèrent les cinquante-six municipalités du district de Châtillon et ils furent tout étonnés de la modération de ces paysans

1. Voir le deuxième volume des Mémoires de Duniouriez, p. 146.

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